Lettre vagabonde - 25 décembre 2002

Bonté c'est Noël


Salut Urgel,

Par la fenêtre qui donne sur les mangeoires, j’observe les geais bleus rassemblés pour le petit déjeuner en famille. Ce n’est pas un jour pour les tout seuls le Jour de Noël. Tiens, ça me rappelle une histoire datant de plusieurs décennies.

Une nuit de Noël, des amis et moi marchions dans les rues du centre d’Ottawa. Une nuit inventée exprès pour marcher dedans avec de l’amitié au cœur de la Fête, du bonheur débordant en éclats comme le scintillement des décorations lumineuses qui abondent sur les immeubles. Nous marchions aussi pour faire baisser les entrées, la dinde, la bûche de Noël et quelques effluves de vin.

À l’intérieur du Château Laurier, une épinette immense resplendit sous ses mille lumières. Nous pénétrons dans le hall d’entrée. Un gardien circule, impassible. Près de l’arbre, dans un fauteuil de cuir noir, deux épaules voûtées dépassent le dossier. Assis là, un vieil homme seul, silencieux, immobile, le regard errant. Il semble éprouver une insondable solitude. L’espace autour s’inonde d’un bruit répétitif et monotone : le boum boum des lumières de l’arbre qui s’allument et s’éteignent. On dirait un cœur gigantesque qui bat puis s’éteint. Je ne peux supporter la désespérante solitude de cet homme. Mes amis m’interpellent. Ils m’attendent. Je quitte lâchement les lieux.

C’est une chance Urgel de vivre Noël en famille, entre amis, jamais seul. Dans la famille de ma sœur Marie-Ange, la veille de Noël et son lendemain, on s’attendait à des visites surprises. L’un arrivait avec un copain, l’autre avec une amie et sa famille moins fortunée. Les convives se multipliaient autour de la table, la joie et les rires aussi. Et ça continue.

Pardonne mon petit détour en les méandres des souvenirs. Ça comble mon petit creux de nostalgie du 25 décembre. Rassure-toi, j’ai aussi de grands éclats de joie. Et puis tant d’abondance sous l’arbre encore cette année. Des livres Urgel ! Je suis entourée d’une véritable forteresse contre les assauts de la solitude. Si tu veux lire de la tendresse à l’état pur, procure-toi « Les yeux bleus de Mistassini » de Jacques Poulin.

C’est un roman d’une infinie bonté. Je soupçonne l’auteur d’avoir des liens de parenté avec Amélie du « Fabuleux destin d’Amélie Poulin ». Sinon, ses personnages sont sûrement parents de loin. Jack le libraire âgé et malade, accueille dans sa librairie les sans-abri, les voleurs et loge les chats de gouttière. Deux jeunes viennent à la rescousse du vieux Jack. Ils lui prodiguent soins et affection et l’entourent de toutes les petites attentions qui permettent à la vieillesse de laisser vibrer la jeunesse de son cœur.

« Les yeux bleus de Mistassini » est à lire durant les Fêtes. Il est rempli de petits riens que Jimmy et sa sœur Mistassini sèment sur leurs parcours. Ce sont des donneurs de chaleureuse affection et de bonté en abondance. Tout comme le vieux Jack d’ailleurs. Ce brave Jimmy lit Epictète dont il apprécie particulièrement la réflexion suivante : « Ne cherche pas à faire que les événements arrivent comme tu veux, mais veuille les événements comme ils arrivent, et le cours de ta vie sera heureux. »

Jacques Poulin nous offre une exceptionnelle histoire d’amour avec l’univers des livres. Il dégage aussi de profondes réflexions sur les relations entre les humains. Et s’il pouvait mettre le chagrin du vieil homme du Château Laurier dans son histoire... ça consolerait.

Bon Jour de l’An mon ami. Salue les tiens de ma part. Bonne randonnée le long du Fleuve. Donne de tes nouvelles et donne-toi de bons moments.

Amitiés,

Alvina

 

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