Lettre vagabonde - 4 décembre 2002

La philosophie ?

 

Chère Irène,

Toute une coïncidence que je reçoive aujourd’hui ta lettre. Tu m’y racontes ta lecture de L’art et la vie de Pierre Bertrand. Dans ma dernière lettre à Urgel, je lui conseillais justement un livre de cet auteur.

Pierre Bertrand est un penseur qui se questionne sur notre façon de répondre à la vie. C’est un philosophe conteur. Il possède le don. Il fait jaillir d’une même flamme l’intuition et la connaissance, la créativité et la liberté. C’est un allumeur d’espoir, un accompagnateur pour tout être qui réfléchit, qui risque, qui crée et qui ose devenir le plus lui-même possible. Son écriture possède la fragilité et la fraîcheur d’une rosée, la simplicité d’un franc sourire et la légèreté d’une plume d’oiseau.

L’auteur m’encourage à respirer au rythme de mon propre souffle, à me libérer du conformisme et à refuser l’uniformité. Pour Pierre Bertrand, l’art de vivre, c’est de ne jamais cesser de créer. Je crois que c’est le geste le plus authentique qui soit.

Sais-tu quoi Irène ? J’ai rencontré Pierre Bertrand au Salon du livre de Montréal. Nous avons conversé longuement. Depuis, je l’admire encore plus. C’est un homme digne de son œuvre. Voici ses trois derniers titres que je me suis procurés : La vie au plus près, Le cœur silencieux des choses (un essai sur l’écriture comme exercice de survie) ainsi que son petit dernier Pour l’amour du monde.

Le jour où j’ai mis le nez dans Éloge de la fragilité de Bertrand, j’ai su ce que je cherchais. Trouvé quoi tu penses ? Moi. Admettons que j’exagère un peu. Disons que j’ai découvert le chemin pour y arriver. « Longtemps, nous refusons ce que nous sommes au nom de ce que nous devrions être » écrit l’auteur. Éloge de la fragilité m’exhorte à explorer le quotidien, à découvrir mes parcelles égarées derrière de multiples apparences. J’ai lu et relu des chapitres entiers. Voici quelques extraits révélateurs :

« Nous ne pouvons recevoir les événements que parce que d’abord ils nous transforment. C’est par tous les événements qui nous métamorphosent, tous les défis et les épreuves qui nous blessent et nous atterrent, que nous devenons ce que nous sommes, ou plutôt que nous sommes ce que nous devenons… Les épreuves nous révèlent à nous-mêmes en nous forçant à nous dépasser. Nous ne devenons qui nous sommes qu’en changeant, et nous ne changeons que par la force de ce qui nous affecte. C’est parce que nous devenons sous l’action des événements qui surviennent que notre vie peut être comprise comme un destin. »

Pierre Bertrand affirme que les choses nous arrivent lorsque nous sommes prêts à les recevoir, lorsque nous sommes assez disponibles pour nous laisser transformer par elles. Toi et moi sommes déjà convaincues de cela, n’est-ce pas Irène ? Tu sais, je te retrouve souvent dans Éloge de la fragilité. J’y retiens ton courage à refuser les normes, à créer du plus profond de toi et à accepter le plaisir au quotidien.

Je voudrais t’écrire avec les paroles mêmes de Pierre Bertrand. Je t’offre une autre de ses réflexions audacieuses, voire explosives :

« Si l’on comprime trop l’ego, celui-ci se venge d’une manière ou d’une autre et trouve ailleurs les plaisirs qu’on lui refuse. Non seulement l’égoïsme n’est pas un défaut ici, mais il est même une nécessité, voire un devoir. Pour être soi-même, pouvoir réaliser ce dont on est capable, il faut aller à l’encontre des demandes qui nous sont faites, il faut avoir assez de force et de courage pour faire de la peine à ceux qui prétendent nous aimer et qui nous aiment sans doute sincèrement, il faut pouvoir opposer ses propres désirs singuliers aux normes, normalités et consensus, il faut pouvoir dire non aux ordres émanant de la collectivité. »

En résumé, l’auteur traite de la vie dans ses livres. Les étudiants du collège Edouard-Montpetit sont favorisés de l’avoir comme professeur. Et quelle chance pour moi de le découvrir !

Quand tu viendras aux Fêtes, nous profiterons d’un tête-à-tête pour placer les œuvres de Pierre Bertrand au cœur de notre conversation. Bonne lecture de L’art et la vie. J’ai hâte de te revoir.

Amitiés,

Alvina

 

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