Lettre vagabonde - 15 octobre 2003

Une visite à Ottawa

 

Cher Urgel,

J’arrive tout juste d’Ottawa. Il me tarde de partager mes impressions avec toi. Ottawa ressemble à un grand chantier. On démolit ici, on construit là. La capitale s’adonne toujours à la même routine, c’est à dire aux changements aveugles, aux réformes expéditives et aux progrès complexes. Beau temps mauvais temps, les ministères déménagent. On voyage léger en plus. On laisse derrière l’ameublement ultra moderne, les machines récemment acquises et des employés désœuvrés dans la rue. Quand un nouveau ministre veut se débarrasser de tout son saint-frusquin sans déménager, c’est simple, il improvise une réforme. Le ministère en entier fait peau neuve; certains y laissent leur peau. Le progrès s’amène, les machines augmentent, les coûts diminuent et les employés disparaissent.

J’ai rencontré Gisèle et Laurie, deux cadres, la première au gouvernement fédéral, la seconde au gouvernement municipal. Depuis quelques années, le fédéral a confié son système de transactions bancaires à une banque américaine. Une réforme actuellement en cours, sabre encore dans le personnel et remplace la compétence par l’inefficacité. Depuis les fusions urbaines datant de moins de trois ans, on déménage encore les employés municipaux. L’objectif : centraliser les services afin d’économiser. Postes Canada vient de donner un contrat pour effectuer le remplacement de tous ses comptoirs postaux. Le dernier contrat de rénovation n’était même pas encore complété. Il n’y a pas que les enveloppes qui sont timbrées.

Le chef-lieu des grandes décisions se modernise. De nouveaux condominiums s’érigent entre le Château Laurier et l’ambassade des États-Unis. Ils montent comme des champignons. Des quartiers sont évidés aux points stratégiques de la cité. La richesse évince la pauvreté. Le pauvre s’exile, le riche s’installe. Les appartements démolis sont remplacés par des centres d’achat et des commerces de luxe où les denrées se vendent à des prix inabordables pour le commun des mortels.

Les médias dénoncent au quotidien les abus proférés par les ministres et leur ministère. Ottawa est la ville par laquelle les scandales arrivent et repartent avec les biens du peuple. Le ministre de l’Industrie, Allan Rock trouve normal les dépenses de 850 000 $ par la Banque de développement du Canada pour couvrir trois événements organisés par ses fonctionnaires. Le coût d’une suite à l’hôtel pour un fonctionnaire : 877 $. C’est à se dégoûter du système politique canadien. Je me dis que je ne pourrai rien changer dans la capitale en si peu de temps. Mieux vaut changer mon attitude à son égard et changer de secteur.

Une marche dans la ville me ramène à de meilleurs sentiments. Je me balade sur la place du marché, humant les parfums des fruits et légumes, l’œil rivé sur toutes les couleurs vivantes. Les fermiers montent des étalages dignes d’œuvres d’art. Des rangées de choux-fleurs côtoient celles des tomates, des gousses d’ail puis des échalotes. Les drapeaux multicolores du patrimoine agricole se déroulent le long des trottoirs. Acheteurs et vendeurs s’interpellent au-dessus de la fraîcheur des aliments.

Des boutiques d’artisanat frayent avec la nourriture. Des vendeurs de toutes les ethnies s’alignent derrière leurs marchandises. Ils s’approprient la rue William. Les jupes de l’Inde tournoient autour des girafes d’Afrique. Les bas de laine du pays frôlent les vases de Chine. Des colliers de perles peintes à la main valsent avec les foulards de soie qui se marient aux ceintures de cuir. Visiter le marché By Ward, c’est voyager en les méandres de la variété et la diversité. Je suis certaine de trouver des choses à mon goût. Je me contente de m’approprier ces denrées par la vue et l’odorat.

Imagine-toi Urgel qu’à partir du 10 octobre, le Musée des beaux-arts du Canada présentait son exposition du Groupe des Sept. Tu sais comme j’apprécie ces artistes peintres. Malheureusement, ces peintres me donnaient rendez-vous le lendemain de mon départ. Le Groupe des Sept a su transposer sur la toile l’esprit même de la nature. Ils ont saisi ce que Northrop Frye exprime en ces mots :

« La nature est à l’intérieur de l’art tel son contenu et non à l’extérieur tel son modèle. »

Le Musée des beaux-arts possède dans sa collection permanente plusieurs œuvres du Groupe des Sept ainsi que d’Emily Carr, la huitième du groupe. C’est la Van Gogh canadienne celle-là.

Sur la rue Clarence, à la boutique « Papier-Paper », je fais ma provision de Clairefontaine : papier à lettres, enveloppes, cahiers quadrillés. Mon stylo-plume a des ces caprices. Je n’ai pu faire autrement que de fureter dans la Librairie du soleil sur la rue George. J’ai acheté un recueil de nouvelles de Raymond Carver intitulé « Les vitamines du bonheur ». Guillaume Vigneault me l’avait fortement conseillé.

Lors de mon séjour à Ottawa, j’ai revu mes nièces et mon neveu. Gordon et moi avons remonté la carte des souvenirs en réécoutant du Pink Floyd. Gisèle m’a conduite dans les coulisses du ministère des Travaux publics et à la salle de quilles animée par sa bonne humeur et sa gang sympathique. Murielle m’a accueillie en sa rustique demeure où le crépitement du feu de bois répondait à la complainte des huards provenant du lac, juste en bas. Janine rêve d’appartenir sa propre maison un jour, loin du centre urbain, là où les prix sont abordables. J’ai passé une merveilleuse semaine en précieux tête-à-tête avec ma grande sœur Lidwina. Je rapporte d’Ottawa ces moments privilégiés qui deviendront les souvenirs de demain.

Ne rate pas l’occasion d’aller voir l’exposition du Groupe des Sept Urgel. Ça vaut le détour. Je te quitte sur un commentaire de Marie-Joseph Chénier qui me rappelle drôlement certains politiciens.

« Ils dînent du mensonge, et soupent du scandale. »

une citoyenne dans tous ses états,

Alvina

 

                       

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau