Lettre vagabonde – 2 avril 2003

La tournée des quêteuses

 

Cher Urgel,

Si je t’écris moins souvent, c’est que je me suis embarquée dans une aventure on ne peut plus livresque. Aveuglée par ma passion, j’ai accepté la responsabilité de l’administration et de l’animation de la bibliothèque municipale de Pointe-à-la-Croix. Une chance que je suis entourée d’une équipe de vaillantes travailleuses.

En Gaspésie, les municipalités ont accès à un réseau de prêts de volumes par le CRSBP (Centre régional de services aux bibliothèques publiques). L’acquisition de volumes supplémentaires relève de la municipalité. Notre budget annuel : 500$. Il sert à l’achat de volumes, au matériel de bureau, aux articles d’entretien, à l’animation, aux tournées d’écrivains ainsi qu’à l’ameublement du local.  Avec nos trois chaises, nos deux tables et un manque flagrant d’étagères, nous décidons d’entreprendre la tournée des quêteuses.

Mimi est bonne quêteuse. Premier arrêt fructueux : le dépanneur de Pointe-à-la-Croix. Le propriétaire Alain St-Onge, s’empresse de nous offrir un présentoir en métal et quelques tablettes. Nous rangeons le tout dans la voiture. Merci et hop! Mimi et moi poursuivons l’audace hors frontières, au Nouveau-Brunswick.  A Campbellton, Conrad de chez L&C nous remet des échantillons de tapis. C’est pour asseoir les jeunes. Merci. En route vers J. N. Savoie. Jean-Claude propose de nous adresser à Simon à l’entrepôt. Un ancien élève Simon, au cœur serti de bonté et de générosité. Il nous scie huit bons bouts de planches. « Ah Simon! Je te reconnais » que je lui dis. Je l’ai vu à onze ans sauver et adopter une corneille en péril. Simon veut offrir encore plus. Il nous donne un conseil qui s’avère aussi bénéfique que la manne de la Bible. « Visitez la nouvelle bibliothèque de mon village d’Atholville » qu’il dit. Une nouvelle bibliothèque? Et l’ancienne? L’ameublement doit encore y être.

D’une étape à l’autre, on se dirige tout droit à l’ancien local, où quantité de meubles n’ont pas encore d’étiquettes de réservation. Dans mon enthousiasme, je saute des étapes. Je prends l’offre pour une permission. En moins de 48 heures, me voilà avec des ouvriers de la municipalité de Pointe-à-la-Croix en train de charger le camion. Le village d’Atholville n’avait point donné l’approbation officielle. Finalement, on nous laisse partir avec le butin. Le chargement arrive à bon port.

Tu sais que je ne suis point quêteuse Urgel. Avec Mimi à mes côtés et les besoins de la bibliothèque en tête, je surmonte mes réticences. Les résultats dépassent mes attentes. Tant de générosité m’étonne. De la générosité intermunicipale et interprovinciale en plus. Donner en dehors de l’appât du gain, ça existe parmi des citoyens solidaires du bien commun. Ces individus sont convaincus du bien-fondé du partage et du don.

Heureuse d’apprendre que le village d’Atholville vient de se doter d’un élément de culture avec sa nouvelle bibliothèque. Ce village a le souci de sa culture tout autant que de son économie. Espérons que d’autres villages suivront ses traces.

Je reviens avec un chargement de meubles, soit. La tournée des quêteuses aura rempli aussi ma besace de biens supérieurs en valeurs : la générosité, la solidarité et la coopération. Un sens d’appartenance à la communauté anime ces donneurs. Tout n’est pas perdu Urgel. Je réalise que des gouvernements municipaux et des commerçants locaux ont d’autres objectifs que leur croissance économique et leur rentabilité financière.

Lors de ta prochaine escale dans le coin, tu viendras visiter notre local enfin meublé. Ça a l’air d’une vraie bibliothèque.

 

À la prochaine,

Alvina

 

 

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