Lettre vagabonde - 8 janvier 2003

Bush et sa « busherie »

 

Salut Urgel,

Durant les Fêtes, j’ai reçu en abondance de la belle visite, du courrier postal, du courriel et des appels téléphoniques. Ça maintient les contacts, resserre les liens et dilate les valves du cœur. Comme un bonbon, on se laisse enrober de bonté. Vive les bonnes relations !

Un goût amer a tôt fait de se substituer aux petites douceurs quand je reçus un courriel de mon neveu Josh. Il a 32 ans. Il vit à San Diego en Californie. Josh est dans la marine américaine. Papa Bush l’a envoyé à 20 ans sur les porte-avions dans le golfe Persique. À mort Saddam Hussein clamait-il en écho à Papa Bush et à son vrai papa. Après une décennie, l’idéologie le rattrape sous les tisons encore flambants de la cause. Josh s’est à nouveau embarqué sur son bolide marin. Une mission l’attend, que dis-je une croisade, une guerre sainte. Bush fils va faire boucherie en Iraq, y poursuivre le métier de son père. Il a mobilisé son monde, choisi son abattoir et repéré ses proies. Le marché noir se liquide bien dans ce coin du globe. C’est la croisade contre la djihad, la Bible contre le Coran, le bien contre le mal ou vice-versa, le croisé contre le muujahid, le guerrier-allié contre le terroriste.

Et si c’était moi contre Josh ? La menace qui plane prend une autre tournure. Je sais que Bush veut ajouter à son plat la sauce noire des fournisseurs de pétrole. Je sais que la bande de terroristes sont aussi des ogres plus dévastateurs que ceux des contes de fées. L’un veut anéantir l’autre.

Et si Josh ne revenait pas ? Et s’il était tué sous la « busherie » et servi sur fond d’idéologie mêlée à toutes les sauces ?

Sommes-nous réduits à choisir uniquement entre deux camps Urgel ? Qui a décidé de diviser la planète entière entre allié et ennemi ? Sommes-nous rendus à la mondialisation de la pensée ? Un guerrier est-il un criminel ? Un terroriste lui ? Voilà que le guerrier sème la terreur et le terroriste part en guerre. Je refuse d’être une adepte de ce méga duel des puissants, lâches et faibles. J’ai lu quelque part : « Il n’y a que les faibles qui sont cruels ; la tendresse ne peut venir que des forts. »

J’ai la conscience en zone de combat, le cœur au-dessus d’un porte-avions dans le golfe Persique et ma raison s’abat sur les crimes ourdis par des George Bush, Saddam Hussein, Ben Laden, etc.

On parle de guerre de religions. Où sont-ils les chefs religieux ? Un pape, le nez en plein scandale de pédophilie, une église muette, un mouvement islamiste vêtu de terreur ; c’est ça les religions ? Trop de faux prophètes, hein Urgel ? Chacun veut mener le plus grand nombre le plus vite possible à son dieu de soumission. En plus, ce grand missionnaire mondial laïque qu’est l’ONU plane en retrait vers les plus hautes nues, embrouillée par sa perte de pouvoir.

Partout se dressent les murs de la PEUR plus faciles à ériger et plus efficaces qu’un mur de Berlin, qu’un mur de fer. Ils empêchent la pensée de pénétrer l’enceinte de la vérité, de la compréhension et du discernement. Nous avons la pensée emprisonnée et manipulée Urgel. Que dirait Jean-Jacques Rousseau aujourd’hui lui qui dénonçait déjà la manipulation de la pensée au XVIIIe siècle : « Il y a ainsi un petit nombre d’hommes et de femmes qui pensent pour tous les autres, et pour lesquels tous les autres parlent et agissent. »

J’ai lu un livre choc, un livre dérangeant et boloxant. Sa plus grande qualité : t’inciter à réfléchir. C’est « La rage et l’orgueil » d’Oriana Fallaci, cette journaliste qui n’a jamais craint de dénoncer les actes vils et les injustices.

Après le 15 janvier, Josh n’aura plus le droit de communiquer avec nous. Entre temps, je me contenterai de lire les journaux et d’autres livres écrits par des penseurs à l’esprit ouvert et qui osent dévier des idéologies qu’on tente de nous inculquer.

Allez, va humer un brin d’oxygène après cette lettre. Qui sait, parfois, au cours d’une randonnée, la lumière rejaillira peut-être sur nos ténébreux questionnements.

À la prochaine,

Alvina

 

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