Lettre vagabonde – 17 novembre 2004

Des morts et ressuscités aux vivants oubliés

 

Salut Urgel,

S’il est un endroit sur terre où je suis assurée de trouver de tout, c’est dans les livres. Les livres ne meurent pas. Enfin les livres de certains auteurs, qui en passant ne meurent pas non plus. Les œuvres de création se dotent d’immortalité. Oh certaines prennent à l’occasion le chemin de l’oubli et hop! On les ressuscite.

Tiens, cette année, on exhume encore une fois George Sand, sans grande misère puisqu’elle n’a pas tout à fait subi l’inéluctable conséquence de la mort : l’oubli. Nous sont révélées les pages de son œuvre et les fragments de son quotidien. A l’occasion de son deux centièmes anniversaire de naissance, le monde entier fut invité à son anniversaire. Tous ses amis et amants étaient au rendez-vous et pour ne nommer que les plus immortels d’entre eux : Musset, Flaubert et Chopin. Se rajoute donc de la poésie, du roman et de la musique à la fête.

Les artistes peintres ne sont pas en reste. En 1990, on redonnait vie à Vincent Van Gogh à l’occasion du centième anniversaire de sa mort. Jans Laurens Siesling a écrit un roman où le personnage principale n’est nul autre que Vincent Van Gogh en train d’écrire son autobiographie. Ça s’intitule « Le roman de Van Gogh ». Il lui fait dire :`

« Demain le monde fêtera ma mort

Dans un an, dans dix ans, dans cent ans

Le monde fêtera ma mort.

Et plus je serai mort plus la fête sera grande. »

Il n’a jamais si bien dit.

Rimbaud est réapparu, Virginia Woolf, Colette aussi. D’autres font leur réapparition quand ressurgissent les grands courants de pensées. Dans son dernier numéro de novembre 2004, le Magazine littéraire redonne souffle à Platon et Diogène. Les deux sont nés plus de 400 ans avant Jésus-Christ. Preuve qu’on peut vivre quelque éternité; d’aussi loin qu’on vient, encore plus loin on peut aller.

Des auteurs d’outre-tombe sont catapultés en pleine actualité dans les vitrines des librairies, les revues littéraires et les chaînes de télévision. La vie des créateurs revient comme l’enfant prodigue. On découvre des inédits, on invite de nouveaux témoins à la barre, l’œuvre est rééditée. Des conférences, des causeries et mises en lecture nous sollicitent de partout. Tiens, pas plus tard que la semaine dernière dans mon salon, Chopin jouait du piano tandis que George Sand accompagnée de sa biographe Béatrice Didier me racontait sa vie. Mon temps battait à leur mesure.

Ils peuvent entrer par la grande porte les écrivains de l’au-delà et de l’autrefois. Plus ils sont morts, plus ils sont accessibles et disponibles on dirait. Ils ont tout leur temps et le nôtre. Incroyable comme la créativité fait revivre ses auteurs et me procure une belle vie. Personnellement, je voue une passion inconditionnelle à Vincent, une admiration pour George Sand et un vif intérêt à lire Rimbaud. Je ramène régulièrement à la vie Virginia Woolf et Gabrielle Roy. Il faut dire que Platon, je l’avais volontairement oublié. Diogène, j’avais oublié son nom.

Je n’ai rien contre la résurrection des œuvres littéraires et leurs auteurs. Mais si les écrivains morts sont rappelés à la vie, j’aimerais bien que les écrivains vivants ne soient pas relégués à l’oubli. J’aurais le goût de redonner les répliques qu’on attribue à Diogène. « Ôte-toi de mon soleil » et « Tire-toi, tu me fais de l’ombre. » Le fantôme de Diogène devrait hanter les journalistes et les critiques.

Le 13 novembre à New Richmond, se tenait une rencontre exceptionnelle. Les écrivains de la Gaspésie et les littéraires se sont réunis afin de former une association d’auteur. Donc, je t’annonce officiellement la grande nouvelle. Le RAG (Rassemblement des auteurs et auteurs de la Gaspésie) est bel et bien vivant et composées d’auteurs et de membres associés. Grâce à Jean-Marc Major, France Cayouette, Nicole Filion, Patrick Tremblay et Rose-Hélène Tremblay, il existe en Gaspésie une association d’auteurs. Mais comment les faire connaître? J’ai une idée. Si les journaux n’ont aucun espace pour eux, qu’on les insère donc avec les voleurs. Au moins, ils auront droit à quelques lignes. Leur crime : des voleurs de mots tant qu’à y être.

Tiens, j’ai le goût d’offrir au médias un modeste modèle. « Nicole Filion, accusée de vol à plume armée. Dans un coffre de mots identifiés comme « Il fait dimanche », le lecteur se réjouit de découvrir des objets volés aux souvenirs d’autrui. Malgré la transformation littéraire de main de maître, le lecteur a identifié le bout d’oreille coupée de Vincent Van Gogh. Enfin résolu l’énigme. L’auteure, sans pudeur aucune, raconte le drame de Rachel à qui Vincent offrit son oreille en guise de présent la veille de Noël. Imaginez l’émoi. Le témoin frissonne encore. »

Je pourrais dénoncer aussi les bêtises « Des filles de classes » où Nicole Filion, avec humour laisse éclater en les veines de l’enfance autant de bonheurs que de malheurs. Je pourrais révéler la subtilité des émotions insérées dans un carnet d’adresses à cause d’un nom qui ne peut plus recevoir de lettres. Nicole Filion avoue finalement ses vols de mots dans le texte « L’Apprentissage de la charité ».

                        « Malheureusement pour moi, je suis d’une grande fragilité aux mots. J’attrape tout ce qui cause et j’ai bien du mal à m’en débarrasser par la suite. »

Je souhaite longue vie d’écriture aux auteurs Vivants en Gaspésie. Rendons-leur le soleil au lieu de leur faire de l’ombre.

 

 Alvina

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