Lettre vagabonde – 31 mars 2004

Le marché aux puces

 

Salut Urgel,

J’ai vécu une toute nouvelle expérience en fin de semaine en travaillant dans un marché aux puces. J’y vendais des livres usagés. À Pointe-à-la-Croix, Marie Fraser, une personne bénévole dont la réputation en le domaine n’est plus à faire, est la grande experte des brocantes. Marie Fraser connaît tout le monde et est connue de tous. Elle prend l’initiative d’organiser des collectes de fonds pour venir en aide aux organismes de son village. En fin de semaine, avait lieu le marché aux puces au profit de la bibliothèque municipale. Je me devais d’y participer.

Le marché dura deux jours. Il se déroulait au club de l’Âge d’or du village. Marie Fraser s’occupait de la vente des vêtements seconde main et d’objets hétéroclites tandis que j’étais assignée aux livres usagés. Nous n’étions pas les seules à la tâche, mais que des femmes. La première cliente est arrivée bien avant l’heure d’ouverture. Cette femme partit entre les rangées de tables comme on part à l’aventure en quête d’un trésor caché. Des habitués cherchent l’objet rare, ancien ou une belle pièce d’antiquité. Une vieille femme est venue s’habiller pour la saison prochaine. Elle est repartie avec une boîte pleine de vêtements pour la somme de treize dollars. Jusqu’à la dernière minute, elle a marchandé. Une négociatrice pure laine celle-là. Ce fut notre meilleure cliente. D’autres furètent, font du lèche-vitrine, parlent avec les uns et les autres, parlent surtout des uns et des autres et puis ils repartent la tête pleine et les mains vides.

J’ai pris plaisir aux mots dits autour des mots écrits. Une mère a acheté la moitié des livres jeunesse à son fils. Plusieurs cherchaient un genre littéraire en particulier. J’étais fière de bien connaître ma marchandise. Parmi les adolescents, les clients étaient surtout des garçons. Les adultes adorent les biographies et les romans basés sur des faits vécus. C’est encourageant de constater qu’une foule de gens lisent. Les livres ne sont pas toujours accessibles à la population. Il n’y a pas de véritable librairie dans le coin. Les livres coûtent chers. Ce qui m’étonne, ce sont des grands lecteurs qui n’ont jamais mis les pieds dans une bibliothèque. Ils avouent ne pas savoir comment ça fonctionne, donc ils n’osent pas venir. J’ai tenté de les convaincre de se rendre à leur bibliothèque municipale et choisir parmi les quelque mille volumes à leur disposition.

Un marché aux puces c’est une forme avantageuse de recyclage et pour les gens et pour l’environnement. Un objet devenu inutile pour l’un est récupéré par l’autre. J’ai déjà lu quelque part que la moyenne de déchets par citoyen par année au Nouveau-Brunswick dépasse la tonne. Nous sommes devenus une société de l’éphémère, du jetable. Souvent nous tentons de jeter le passé avec l’objet. Sait-on combien de fines parcelles d’identité se trouvent au fond des dépotoirs publics ? On n’a qu’à aller au dépotoir pour réaliser la charge de biens matériaux dont l’être humain se débarrasse pour remplacer par du nouveau tout aussi éphémère, tout autant jetable.   Nous sommes de plus en plus à ajouter à l’essentiel et au nécessaire le superflu. Et puis on s’en lasse et on recommence.

Puisqu’est venu le moment du grand ménage de printemps, je suggère aux gens de partir à la recherche d’une Marie Fraser. On fera d’une pierre deux coups. Les gens comme l’environnement bénéficieront de la récupération des objets encore utiles.

Dis donc, existe-t-il des dépotoirs dans les villages autour de la baie d’Ungava ? Et des marchés aux puces ?

  

une brocanteuse en herbe,

Alvina

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