Lettre vagabonde – mercredi le 13 octobre 2004

Grosse bordée littéraire dans la Péninsule acadienne

 

Salut Urgel,

La Péninsule acadienne bouillonnait de culture en fin de semaine de l’Action de grâce. De nombreux événements culturels avaient lieu à Tracadie-Sheila, à Caraquet, à Bas-Caraquet et à Shippagan. Des activités à assouvir tous les goûts culturels s’échelonnaient du 7 au 10 octobre dans les établissements de la région : écoles, centres culturels, églises, restaurants, foyers pour personnes âgées et au campus universitaire de Shippagan.

J’ai participé à deux événements culturels : Le Salon du livre et le Festival acadien de poésie. Le Salon du livre de Shippagan en était à sa première année d’existence. J’ai fouiné dans les stands, ai trouvé une grande quantité de livres pour enfants. J’ai assisté à une entrevue avec un auteur. Ça se déroulait sur une scène très bien aménagée. L’auditoire était installé confortablement autour des tables ce qui donnait l’ambiance d’un café. Après avoir fait le tour du Salon à deux reprises, j’en suis venue à la conclusion qu’il manquait des livres pour adultes. Si la littérature jeunesse avait une place de choix, la littérature pour adultes m’a laissée sur mon appétit. Il faut dire que je suis vorace. Je m’attendais à des découvertes, des surprises. J’ai quand même quitté les lieux avec quelques acquisitions et le goût de revenir.

C’est surtout au Festival acadien de poésie que j’ai consacré ma fin de semaine. Le gala du jeudi soir où l’on a remis les prix du concours littéraire Antonine-Maillet-Acadie Vie bénéficiait de la présence de nombreux auteurs invités. Les Muses ont agrémenté la soirée avec une excellente présentation sur scène. J’ai apprécié les mises en lecture des œuvres des finalistes. La fête était à l’écriture et on lui a fait de la place.

Mes activités préférées : les deux soirées de poésie et le brunch-poésie du dimanche. Les soirées de poésie se déroulaient à la  Boîte-Théâtre de Caraquet. L’endroit est propice à la lecture de poésie. Malheureusement, le côté spectacle de l’événement a dévié mon attention à plusieurs reprises. La musique et le chant m’ont empêchée de savourer pleinement la parole poétique que je considère sacrée. Les mots des poètes sont assez forts pour se tenir debout tout seuls que je me dis. Mais la tendance semble être à la  performance.

J’ai retrouvé mes poètes aimés comme Hélène Monette, Raôul Duguay, Louise Desjardins et Sylvain Rivière. J’ai découvert Germaine Beaulieu et Geneviève Lévesque. Hélène Monette a lu des extraits de son dernier recueil « Il y a quelqu’un ? ». Ils sont poignants et prenants les textes d’Hélène Monette. Louise Desjardins a puisé dans son tout nouveau recueil, « Silencieux lassos ».Une poésie qui touche et imprègne. Raôul Duguay a penché du côté du talentueux conteur qu’il est. « La perle de verre » fut lu en la fusion de l’homme poète et l’homme de théâtre. Sylvain Rivière a su faire vibrer ses mots portés par sa grande voix  du large. J’admire ces poètes qui trempent la plume au cœur de la langue, dans l’âme du monde. Chacun est doté d’une chorégraphie particulière et devient donneur de sens. Germaine Beaulieu a lu de sa voix douce la dure parole de la réalité. Geneviève Lévesque écrit sur cadence de souffle et de silence. Léonard Forest et Calixte Duguay, deux poètes de la première heure, se sont attiré force applaudissements au brunch-poésie. Les deux animateurs du volet poétique, Jean Fugère et Raôul Duguay, ont laissé couler leur couleur et imprégné poètes et spectateurs de leur expertise et leur enthousiasme. Il faut dire que Raôul Duguay est également un poète de la première heure.

Il y eut une bonne assistance aux deux soirées de poésie et au brunch-poésie du dimanche. Toutefois, il manquait un élément important qui se marie bien avec la flamme poétique. Charles Baudelaire aurait été déçu de voir la poésie accompagnée d’eau au lieu de vin. Le Nouveau-Brunswick a proclamé sa loi antitabac dans les lieux publics mais rien n’interdit d’y boire du vin. Ça faisait plutôt atmosphère de réunion des AA.

Une chance que des événements littéraires tel le Festival acadien de poésie offrent une tribune aux poètes. J’étais déçue que l’Acadie Nouvelle n’ait pas couvert plus les événements littéraires pendant qu’ils se déroulaient. Le  journal s’est racheté lundi avec une belle couverture du Salon du livre et des soirées de poésie. Il reste que les éditions de vendredi et samedi auraient pu cibler une activité du festival et présenter les œuvres littéraires d’auteurs présents. Tolkien et compagnie pouvaient attendre avant de faire les manchettes.

Pas de vin, peu de publicité mais des recueils de poèmes pour passer l’automne, penser la vie et panser l’oubli. Je t’offre un poème d’Hélène Monette tiré de « Il y a quelqu’un ? »

C’est pas bientôt fini ?

 

 Il paraît que c’est la fin du monde

ça se voit à peine pourtant

mais il paraît

alors on peut se forcer

pour mourir en groupe

au lieu de crever seuls

allons-y à plusieurs

sept milliards

avec nous

des trillions d’animaux

des millions de trillions de végétaux

des milliards de mégatonnes

de déchets radioactifs et humains

et les milliers de dauphins

on amène tout

 

Mais non, répond la  grenouille

mais non, dit le grillon

allez-y si vous voulez

nous autres, on reste

 

Alvina

 

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