Lettre vagabonde – 12 janvier 2005

La mode, une vie de rechange

 

Salut Urgel,

Tu sais comme je suis contre tous genres de gadgets à jeter après usage, que ce soit appareil photo, vaisselle en polystyrène ou ustensiles de plastique. Il est facile de faire autrement, de me procurer des objets durables au lieu de matériel jetable après usage. Je préfère utiliser des serviettes en tissu, des serpillières, des torchons et employer le moins possible les essuie-tout. Il m’arrive même de me reprocher le gaspillage de ressources avec l’utilisation de papier d’emballage neuf à tout coup. Évidemment, je suis en faveur du recyclage. Quand il m’est possible de faire autrement, j’évite l’achat de matériel périssable. Aux surligneurs à bout feutre, je préfère les quasi introuvables crayons de bois.

Au début des années 80, j’ai lu l’essai célèbre du sociologue américain Alvin Toffler : « Le choc du futur ». L’auteur dénonçait le gaspillage de nos ressources en déclarant que nous étions devenus la société du jetable, de l’utilisation unique du matériel courant et d’une surconsommation de toutes les formes de marchandises. Il déplorait l’état lamentable de la planète que nous transformons rapidement en un immense dépotoir. Alvin Toffler m’a convaincue de la nécessité de consommer le moins possible la marchandise jetable après usage.

Laisse-moi te dire que mes efforts ne semblent pas toujours porter fruits. Quand j’ai demandé à faire réparer mon baladeur, le technicien a refusé et m’a conseillé de le jeter et de m’en acheter un autre. « Ça te coûtera moins cher en plus » qu’il m’a lancé. Je cherchais des cartouches d’encre pour un stylo plume quand la vendeuse m’a répliqué que ce modèle n’était plus vendu. Heureusement qu’elle en a dénichées dans son vieux stock au fond d’une tablette poussiéreuse. Quand j’ai voulu remplacer la souris défectueuse de mon ordinateur, aucun modèle n’était compatible. Quand je suis retournée avec mon achat au magasin, le vendeur a déclaré que je possédais un dinosaure d’ordinateur. Il a huit ans. À Noël, on m’a offert un magnétoscope pour cassettes vidéo et DVD combinés. Impossible de le brancher sur le téléviseur. Une amie a déclaré que l’appareil remontait au temps du déluge. Les connexions sont incompatibles. En novembre 2003, j’avais acheté des pantalons de marche qui m’allaient à merveille. Onze mois plus tard, quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que ce modèle n’existait plus. J’ai voulu remplacer quelques morceaux de bois du plancher abîmé par un bris d’eau, mais le produit n’existait plus. Toute la pièce a dû être recouverte d’un nouveau matériau. La mode change et se charge de nous changer.

Si elle dérange la mode, c’est qu’elle se démode, sombre et périt à une vitesse vertigineuse. Il est facile de couler avec elle.   Il n’y a jamais eu autant de choix de produits sur le marché. Il paraît que chaque citoyen en Amérique du Nord a plus d’un million d’articles, denrées, matériaux à sa disposition s’il peut payer. Mais leur durée de vie est si éphémère. Demain, de nombreux produits ne seront plus disponibles. De nouveaux produits les auront remplacés. Au lieu de remplacer une pièce défectueuse, il faut acheter un nouvel appareil et jeter l’autre. Jeter, jeter et jeter encore.

La mode est médiatisée à tel point que nous sommes bombardés de produits nouveaux et alléchants au quotidien. Suivre la mode c’est transformer sa cuisine, l’ameublement du salon, rénover la chambre à coucher, refaire la salle de bain et changer le revêtement intérieur de la maison et bien sûr se vêtir selon l’arrivage saisonnier. La mode nous invite à faire peau neuve, à rajeunir et à renaître dans tous les aspects de la vie. Ouf! Quel défi!

Un pouvoir alléchant que le pouvoir d’achat. Mais la soif de posséder tarit la soif d’être. Je ne veux pas d’une vie de rechange que dicte la mode. Tout ça pour te dire Urgel que je déplore une mode qui contribue à la pollution de la planète. La planète de rechange n’est pas pour demain.

Alvina

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