Lettre vagabonde - 23 mars 2005

« L’intelligence du corps » ou une manière de vibrer au monde

 

Bonjour Urgel,

Durant les dernières semaines, j’ai écouté souvent les nouvelles. Que ça va mal que je me suis dit. De mal en pis. J’avais commencé à t’écrire là-dessus. J’ai changé d’idée. Elles courent partout les nouvelles, les mauvaises surtout.

Les gens que je rencontre au quotidien font les nouvelles et le village fait ses propres manchettes. De ces temps-ci les impôts ont la vedette tout comme la neige qui n’arrête pas de neiger. Les citoyens de Pointe-à-la-Croix et ses environs s’inquiètent des restrictions des services de santé du Nouveau-Brunswick. Il nous ferme graduellement les portes. Les voisins ne sont plus ce qu’ils étaient. Dur dur de vivre avec ses malheurs et ceux des autres. Il y a partout des faiseurs de mauvaises nouvelles qui tentent d’éteindre la flamme des porteurs d’une bonne à coups de peurs.

À tout ce beau monde, j’aimerais suggérer la lecture de « L’intelligence du corps » de mon philosophe préféré Pierre Bertrand. Il ne renferme ni outils ni recettes. On y découvre plutôt une compréhension des forces qui nous animent. En d’autres mots que faire avec soi-même dans le moment présent. « L’art le plus grand est l’art de vivre » répète Bertrand. Ce que l’on fait avec ne dépend que de nous. « Nous sommes ce que nous pensons » et nous devenons ce que nous faisons avec. L’auteur nous offre à petites doses des réflexions libres de dogmes, de gourous ou de pouvoirs extérieurs. Il ne nous enseigne pas à éviter nos malheurs mais comment vivre avec avant de les réduire à néant.

John Saul écrit dans « Le compagnon du doute » que l’expert, le spécialiste et le détenteur de statut professionnel tentent de contrôler notre pensée en nous donnant des réponses toutes faites. Saul ajoute « les réponses servent de mécanisme permettant d’éviter les questions. » Donc au lieu de chercher des réponses du côté des experts politiques religieux ou autres, il est préférable de se fier à son intelligence. « Seule notre intelligence peut nous guider de manière adéquate. C’est elle qui invente par la seule force d’observation », assure Pierre Bertrand.

Le philosophe nous conseille de cesser d’être le jouet des événements, des directeurs de morale toute faite, de modèle de vie piégée. Cette manière de vivre nous rend de plus en plus impuissants et malheureux. Au lieu de se fier à ce qui nous déçoit, nous mine et nous détruit, l’auteur encourage à utiliser l’intelligence. Elle seule nous permet de développer notre propre perception et de nous connecter avec la nature. « Nous n’avons que notre intelligence, que notre observation ou perception pour agir, pour résoudre le problème posé » ajoute Bertrand.

Un peu de silence et de solitude, beaucoup d’observation incitent à vivre plus simplement et assurent une meilleure qualité de vie. J’admire le philosophe du langage et de l’action qu’est Pierre Bertrand. Il donne le goût de prendre ses malheurs comme ses bonheurs en main et de résoudre ses problèmes. C’est par notre action quotidienne que le monde est transformé.

Pierre Bertrand nous encourage à vivre en explorateurs. Il nous livre sa manière de vibrer au monde dans ce paragraphe. « Peut-être marchons-nous sans guide et sans direction, mais nous marchons en explorateurs, les yeux grands ouverts, car nous savons que rien n’est acquis, que nous ne pouvons faire confiance à aucune soi-disant vérité reconnue, que tout peut être remis en question, que ce n’est d’ailleurs qu’à coups de remises en question que l’humanité fait des sauts et des bonds, que ce n’est que de cette façon que l’individu demeure profondément vivant, qu’il garde au fond de tout âge une perpétuelle jeunesse. »

Alvina

 

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