Lettre vagabonde - 26 octobre 2005

La rentrée littéraire ou chute de mots sur feuilles d’automne

 

Salut Urgel,

L’automne encourage les récoltes de toutes sortes : fruits, légumes, vêtements, gibier ou livres. Les mordus de la mode feuillettent les catalogues, courent les boutiques afin de se procurer les vêtements qui leur donneront belle apparence. Les chasseurs chargent camions et roulottes de matériel et de victuailles dignes des logis trois étoiles et de cuisine quatre fourchettes. Pour les livromaniaques comme moi, c’est la rentrée littéraire qui nous met dans tous nos états. C’est à la fois la manne, le gros gibier et l’habit qui apaiseront la faim et la soif de connaissances et couvriront des moments de plaisir.

Depuis des semaines, journaux et revues littéraires annoncent les naissances automnales. Je voudrais adopter les petits derniers de mes auteurs favoris, leur offrir la chaleur de ma bibliothèque. Je grandirai avec eux comme on grandit au contact des écrivains que l’on aime. Leurs mots dérangent, s’agitent, dénoncent, embellissent, illusionnent ou révèlent de pures vérités. Des mots qui m’amènent plus loin que le bout de mon nez et me propulsent en des univers différents. Mes auteurs préférés m’inondent de visions nouvelles, me bourrent de pourquoi et de comment et me comblent d’intarissables possibilités. Lire, une aventure pleine de bouleversements et de rebondissements qui me réconcilie avec les autres et le monde.

Je berce le petit dernier de Robert Lalonde : « Que vais-je devenir jusqu’à ce que je meure? » Me voici déjà en pleine crise d’adolescence agrippée aux rêves d’un jeune qui tente par tous les moyens de venir au monde. Lire du Lalonde n’a rien d’apaisant je t’assure. J’ai l’impression de chausser des bottes de sept lieux, de me lancer dans une aventure époustouflante et de m’enivrer de rêves fous. Quand l’œil se ferme sur la dernière page, c’est comme si le grand vacarmeur d’écrivain me parachutait en plein milieu de mon propre destin. Des heures et des questionnements plus tard, je réalise que Lalonde force notre regard vers l’extérieur. Je lui en suis reconnaissante.

J’ai hâte d’accueillir le petit dernier de Madeleine Gagnon : « Je m’appelle Bosnia ». S’il ressemble aux aînés, j’y reconnaîtrai une virtuose à lier prose et poésie. Pierrette Fleutiaux vient d’accoucher de « Les Amants imparfaits », un incontournable selon des amis lecteurs. « Brooklyn folies » de Paul Auster ne peut que posséder les qualités de ses prédécesseurs.

En poésie, Elise Turcotte m’a offert son « Piano mélancolique » un enfant précoce qui excelle déjà à témoigner de l’intensité des émotions, en particulier dans les poèmes réunis sous « Mon père en avion ». Paul Chanel Malenfant, le sensitif poète de la sincérité revient avec « Vivre ainsi ». Ce poète du Bas Saint-Laurent donne à boire au fleuve de sa muse jusqu’à plus soif.

Parmi les essais de la rentrée « La Conversion du regard » de Pierre Bertrand brassera les idées des membres du cercle littéraire. C’est la meilleure recette de base à toutes les salades de la vie où l’huile essentielle a goût de créativité.

La rentrée d’automne offre des œuvres littéraires pour toutes les quêtes, pour tous les goûts. La littérature contient des sujets d’actualité qui s’étendent sur des siècles sans perdre le caractère du moment présent. Je crois que la lecture invente les mots qui inventent le monde. Comme me racontait Lisette, maintenant grand-maman : « Je réalise que ma petite-fille Alexandra découvre le monde à mesure qu’elle découvre dans les livres les mots pour le nommer. » La petite Alexandra du haut de ses deux ans fouille déjà dans sa bibliothèque. Mais voilà que je m’emballe.

La rentrée littéraire m’apportera peut-être des perdrix ensanglantées et des cadavres d’orignaux. Elle me fournira quelques garde-robes complètes de personnes d’une époque à venir ou comme celle qui nous contient. Je récolte de toutes les rentrées d’automne sous couverture de rentrée littéraire. C’est une moisson garantie entre toutes.

Si tu as découvert des titres intéressants, tu peux les partager avec moi. Après tout, les amis de nos amis sont nos amis.

ta livromaniaque

Alvina

 

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