Lettre vagabonde - 4 mai 2005

Se nourrir dans sa langue, un menu non équitable chez Sobeys et au Northrop Frye

 

Salut Urgel,

Quand je vais à l’épicerie chez Sobeys à Campbellton, même les échalotes françaises sont des « shallots ». Cinquante pour cent de la population de Campbellton est francophone tout comme soixante-dix pour cent des villages environnants. Pourtant la langue anglaise appose sa signature presque partout. Une langue dominante qui persiste et signe et saigne la mienne. Je fais partie des centaines de résidants du Québec qui traversent le pont Interprovincial à plusieurs reprises chaque semaine pour aller faire des courses du côté du Nouveau-Brunswick. Les marchés affichent en anglais. Une consolation, mes livres de recettes sont en français ainsi que les conversations autour de la table.

J’aime bien me nourrir l’esprit également. C’est pourquoi j’assiste à tous les ans au Festival littéraire international Northrop Frye à Moncton. Ce festival est reconnu et acclamé pour son volet bilingue. Je participais à sa sixième édition du 19 au 24 avril. Animant et animé ce festival. Nul autre que Jean Fugère parmi la brochette d’animateurs, Zachary Richard parmi les grandes vedettes et Paulette Thériault, la directrice fondatrice pour chapeauter les événements majeurs. Au moins je pourrai déguster des agapes littéraires et culturelles dans ma langue. Le Festival Northrop Frye est reconnu pour sa formule équitable : on respecte les deux langues officielles du Nouveau-Brunswick. Nous bénéficions généralement d’une moitié de la parole dans les trois activités majeures : soirée d’ouverture, le brunch littéraire et événements de clôture.

La cérémonie d’ouverture se déroulait avec les co-animateurs Jean Fugère et Christine Manore. Monsieur Fugère glissait souvent vers l’english mais bon, ça peut arriver. Voilà Zachary Richard qui monte sur scène à deux reprises en s’adressant au public uniquement en anglais. Peut-être a-t-on oublié de l’aviser du volet bilingue du festival. Sur super écran, des commanditaires et des dignitaires nous adressent la parole en anglais surtout. Même que le maire de Moncton en perd sa voix anglaise dans un bris d’enregistrement.

Le brunch du dimanche attire une foule de participants et d’auteurs invités. L’animateur unilingue anglais tient le micro. Même les écrivains francophones tels Guillaume Vigneault, Catherine Texier, Alain Jaubert et Jacques Savoie nous sont présentés en anglais. Trop c’est trop. Je m’empresse de m’excuser auprès de trois écrivains du Québec. Quelqu’un a sûrement saboté le caractère bilingue du Festival littéraire international Northrop Frye. Après le brunch littéraire, je me rends au « Theater Lessquett » (Théâtre l’Escaouette) sur l’invitation de l’animateur anglophone.

La cérémonie de fermeture par les autochtones est sublime. Arrivent les discours de la fin par deux membres de l’exécutif, Dawn Arnold et Paulette Thériault. Paulette Thériault s’adresse en anglais au public. Puis s’excusant poliment par « I will speak french now » le now étant si bref, le temps d’un éloise et voilà Paulette Thériault qui retourne à l’anglais. Qui avait son mot à dire dans le déroulement de ces activités ?

Une petite boucane noire est sûrement sortie des réunions du comité organisateur. La langue française ne figurait pas au nombre des élus. Mille pardons Hélène Monette, Michèle Marineau et Elise Turcotte de vous avoir vanté le caractère bilingue du Festival littéraire international Northrop Frye.

On a manqué de respect envers les écrivains francophones et envers les participants francophones. J’ose espérer que la situation reviendra à la normale lors de la septième édition en 2006 et permettra à chacun d’être nourri dans sa langue.

Alvina

 

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