Lettre vagabonde - 7 décembre 2005

Le français qu’on aime et les voix qui le parlent

 

Chère Brigitte,

Ça me tente de partager avec la journaliste que tu es mes réflexions récentes sur la langue française. Elles furent stimulées par des lectures, des débats, des causeries et des résultats de recherches.

En onde à « Indicatif présent », Marie-France Bazzo ne cessait de vanter la qualité de l’émission de Radio-Canada du 20 novembre dernier intitulée « Le français qu’on aime ». Michel Desautels animait à la radio une émission diffusée simultanément au Canada, en France, en Belgique et en Suisse. En studio, des invités, un de chaque pays. Le Canada était représenté par l’auteure du Multidictionnaire, la linguiste Marie-Éva de Villers. Les auditeurs pouvaient communiquer avec eux et exprimer leurs sentiments par rapport à leur langue.

Un sondage au préalable a servi à alimenter la discussion. Je ne te noierai pas de statistiques. Il reste que certains faits sont révélateurs. En ce qui concerne l’attachement à la langue, ce sont les francophones de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick qui occupent le premier rang, soit 80 %. En Europe 60 % seulement se disent attachés au français.

La Presse du 17 novembre donnait la somme dépensée annuellement pour l’achat de livres en librairie : les Québécois 87 $, les Français 137 $ et les Américains 202 $. Dans le Devoir du 26 novembre Jean-François Nadeau écrivait un article fort concluant sur la publication et la vente de livres au Canada français. J’abonde dans le sens de Jean-François Nadeau qui affirme qu’une littérature n’existerait pas sans soutien financier des contribuables. Une culture qui se respecte doit investir autant dans la littérature que dans les arts de la scène et les arts visuels.

De ces temps-ci on crie et on écrit qu’il y a trop de livres sur le marché comme d’autres dénoncent le fait qu’il y ait trop de pollution. C’est dévier un problème pour mieux ensevelir les causes. De ces temps-ci les courses de Noël ne font réaliser que la surabondance de produits n’est pas du côté de la littérature.

J’ai la chance de circuler dans les écoles des deux côtés de la Baie-des-Chaleurs, accompagnée d’écrivains lors des rencontres littéraires. Au Nouveau-Brunswick, la bibliothèque occupe une place de choix. Les élèves s’y rendent régulièrement et une aide-bibliothécaire en assure la bonne marche. En plus, il arrive souvent de découvrir des bibliothèques de classes munies de centaines de volumes littéraires. Des coins de lecture sont aménagés.

Dans mon village de Pointe-à-la-Croix au Québec, la bibliothèque scolaire souffre d’abandon et est à l’agonie faute de livres. Je n’ai vu aucun volume dans les classes où j’accompagnais des écrivains. Jean-François Nadeau dénonce le fait que le Québec possède le pire réseau de bibliothèque au Canada avec Terre-Neuve. L’expérience me porte à appuyer ses dires.

Je ne crois pas qu’il y ait trop de livres au Canada français. Je crois plutôt qu’il manque de lecteurs. Si on n’avait pas introduit la banane sur le marché canadien, il y aurait probablement peu de consommateurs de ce fruit. Il en va de même pour les livres, une denrée culturelle indispensable, aussi rare sur les étagères que dans les médias. Le fruit de la connaissance, depuis Gutenberg, ce n’est plus la pomme, c’est le livre. L’absence de livres accessibles aux jeunes, l’absence totale d’aide-bibliothécaires dans les écoles primaires font des bibliothèques scolaires du Québec des lieux sinistres.

Les médias parlent peu de livres littéraires. Au Québec, la grande majorité des bibliothèques tant scolaires que publiques, sont gérées par des bénévoles. Les librairies sont rares. Dans la Baie-des-Chaleurs, les plus près sont Liber à New Richmond et Pélagie à Shippagan. Il y a une multitude de raisons pour lesquelles les gens ne lisent pas. Entre autres, le manque de visibilité du livre comme élément essentiel d’une culture, le manque d’intérêt aussi.

Lors de la Tournée d’automne des écrivains, le Cercle littéraire la Tourelle avec deux organismes partenaires a organisé quatorze rencontres avec trois auteurs. Plus de quatre cents jeunes des écoles publiques et du Cégep ont rencontré un auteur. Une cinquantaine d’adultes ont aussi bénéficié de ces rencontres d’écrivains. Un seul média, un journal local souligne la Tournée d’automne des écrivains et ce grâce à sa journaliste Brigitte Lavallée.

Je veux te remercier Brigitte, pour ton engagement au niveau de la culture dans la région de la Baie-des-Chaleurs. Tu favorises la promotion de la littérature dans les médias. Tes articles, entrevues et compte-rendus vont au-delà de la simple information. Ils mettent en avant-scène le livre et son auteur comme pilier d’une culture. La littérature ne peut pas se passer de personnes comme toi. Bernard Pivot et Marie-Éva de Villers seraient aussi fiers de toi que je le suis s’ils te connaissaient. Ton écoute et ta plume assurent une diffusion de qualité des événements culturels de la région. « La Voix du Restigouche » s’est dotée d’une excellente ambassadrice de la culture avec toi dans son équipe.

Le français qu’on aime on l’aimerait encore plus s’il s’intégrait dans nos vies autant à l’écrit qu’à l’oral. Un rêve à haute voix qui revient : un livre cadeau sous chaque arbre de Noël, un investissement culturel durable pour la région. Je te souhaite quelques volumes sous ton arbre toi qui les gratifies d’une place de choix dans les médias.

en toute complicité

Alvina

 

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