Lettre vagabonde – 1er novembre 2006

Réflexion sur l’amitié

 

Cher Urgel,

Lors d’une rencontre du cercle littéraire, on nous proposa une activité d’écriture portant sur l’amitié. Nous devions remonter à la toute première rencontre avec une personne qui deviendrait notre amie. Il s’est faufilé assez de souvenirs pour remplir des albums d’images et de gros cahiers de mots.

Je me suis interrogée sur la recherche de l’amitié, comment on la découvre et surtout comment on l’entretient et la sauvegarde. Dès l’enfance, la quête d’amis est essentielle et chacun s’empresse de s’entourer d’un ou deux amis. Ce sont, je crois, les piliers de la confiance et du respect pour soutenir l’édifice de notre entrée dans le monde. Je n’ai qu’à penser au traumatisme de se retrouver seul dans une cour d’école la première journée de classe. Sans un ami, on s’expose à la merci de tous, on devient la cible idéale à tous les outrages. C’est partir en guerre contre l’ennemi sans son fusil que côtoyer la société de l’enfance sans un seul ami à ses côtés. Un couperet tranchant des jeunes années que celui de s’entendre dire : « Tu n’es plus mon ami. » La confiance en soi vole en éclats et les morceaux épars se recollent difficilement et se cicatrisent mal. Réussir à garder un ami d’enfance toute sa vie, c’est retrouver son enfance à chaque pas.

Mes toutes premières amitiés remontent à l’enfance. En campagne, les parents se fréquentaient et les enfants suivaient, préparant un terreau propice aux amitiés. La porte s’ouvrait toute grande aux voisins et les fenêtres donnaient sur le quotidien de chacun. Il régnait une complicité entre les gens. Le travail comme les loisirs rassemblaient le monde. C’était l’époque des familles plutôt sédentaires. Malgré sa brièveté, ce mode de vie a marqué favorablement ma relation avec les gens. Il m’a donné accès à la confiance, une denrée rare dans l’univers de nos semblables.

Les trois grandes artères qui conduisent à la découverte de l’amitié sont le travail, les loisirs et les voyages. Avoir des amis au travail vaut la protection des syndicats, l’assurance d’une bonne qualité de vie et la garantie d’une forte solidarité. On passe ainsi des années en compagnie de ses amis. Tout un privilège. Une amitié qui s’entretient dans les petites choses au quotidien. Les amis que l’on découvre lors de nos loisirs prêtent main forte à la confiance et au respect et c’est souvent autour d’une grande complicité que s’installera la fondation d’une solide amitié. Les rencontres qu’occasionnent les voyages offrent des amitiés avec  des personnes à l’autre bout du monde, souvent d’une culture différente. Ces amitiés-là sont rares et pourraient s’avérer plus fragiles  à cause de la distance qui nous sépare.

Je voudrais te raconter une amitié qui prit naissance au cours d’un voyage d’études en France en 1974. Lors d’une réception par l’Association France-Canada, une certaine Mme Ève m’offrit son aide tandis que je cherchais une rue de Nantes à étudier. Quelques jours plus tard, M. et Mme Ève invitaient un groupe d’Acadiens à déjeuner. J’étais du nombre. Au début, c’est par l’entremise de sa sœur devenue vite une amie que nous gardions contact. Grâce à la correspondance nous avons entretenu des liens. D’autres voyages nous ont permis de nous retrouver et de passer de bons moments ensemble. J’ai toujours appelé cette amie extraordinaire Madame Ève. Trente-six ans nous séparent mais trente-deux années d’amitié nous unissent. Nous partageons nos passions communes pour les voyages, la littérature et les bonnes conversations autour de la table. Nous entretenons des liens par un moyen boudé et considéré désuet de nos jours : la correspondance. Il nous permet de traverser l’Atlantique sur les ailes de la confiance et de la sincérité et d’enrayer toute distance entre nous.

L’amitié ne suit pas la mode, ne possède aucune catégorie d’âge et l’une ne prend pas la place de l’autre. Même les amis décédés, on dirait, m’accompagnent. Les sentiments ont une vie posthume. J’ai besoin d’entretenir des liens avec mes amis vivants et de reconnaître ce que me portent encore ceux disparus. Ce sont des personnes à travers lesquelles la vie m’a accordé ses faveurs.

Marguerite Yourcenar n’a cessé de faire l’éloge de l’amitié, comme dans ce texte : « Je crois d’ailleurs que l’amitié comme l’amour dont elle  participe, demande autant d’art qu’une figure de danse réussie. Il faut beaucoup d’élan et beaucoup de retenue, beaucoup d’échanges de paroles et beaucoup de silences. Et surtout beaucoup de respect. »

Voilà mon ami Urgel où m’a amené une simple réflexion suite à une activité d’écriture.

 
À bientôt,

Alvina

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