Lettre vagabonde – 20 décembre 2006

La compassion : un goût de cœur

 

Cher Urgel,

À l’occasion des fêtes, tout un chacun s’apprête à changer de décor. Des sapins garnis d’ornements égayent les demeures et rehaussent le paysage. Des lumières sillonnent les toits, ornent les façades et ramènent sur terre une pluie de constellations aussi brillantes que la voie lactée. Embellir notre environnement est une coutume bien ancrée chez nous. Il est un autre décor que l’on cherche à garnir de beauté et de bonté; celui de notre entourage, nos semblables, nos frères. À coups de pensées conciliantes, de paroles clémentes et de gestes généreux, nous arrivons à un degré de compassion inégalée.

La compassion est de mise durant cette période de festivités où l’abondance contraste avec la pauvreté. La guignolée frappe aux portes, les organismes et les associations quêtent à l’entrée des commerces. On offre des paniers de Noël, on distribue des cadeaux et les salles communautaires organisent une fête pour les enfants. La compassion bat son plein, la solidarité monte d’un cran et la bonté bat la cadence.

Devant la résurgence de générosité, d’indulgence et d’altruisme, on aurait tendance à croire que la compassion est un sentiment saisonnier que l’on dépoussière lors d’une occasion spéciale en même temps que les décorations de Noël. Pourtant, à y regarder de plus près, je remarque que la compassion court les rues. Si elle ne s’arrête pas à chaque porte, elle frappe quand même au cœur d’un grand nombre d’individus. Une foule de personnes consacrent temps et énergie à maintenir à flot l’espoir et un bien-être chez les gens de leur entourage.

Certains prétendent que les gens cherchent à se donner bonne conscience. C’est l’occasion plutôt qui éveille les consciences. La construction d’un monde meilleur nous vient par bouffées. Les événements dramatiques ou heureux dilatent le cœur et délient les cordons de la bourse. Impensable de compatir sans cesse à tous les malheurs du monde. Nous n’arrivons guère à être bons et indulgents envers nous-même continuellement. Le bonheur arrive souvent par le cœur d’un autre, sur les ailes d’un geste généreux d’un ami, un voisin ou un étranger.

La grandeur d’âme s’active à l’ombre à longueur d’année. L’indifférence la côtoie subrepticement sur le même parcours. Le quotidien est constitué de mélanges de haine et d’amour, d’égoïsme et de générosité ainsi que de bonnes ou de mauvaises intentions. Heureux temps des fêtes où le bon côté des êtres jaillit au grand jour. Ce n’est pas parce que les mauvaises nouvelles prennent le devant de la scène que les bonnes nouvelles n’existent pas. La compassion se faufile avec discrétion dans les coulisses des relations humaines.

On a beau réfuter la fête religieuse et condamner la fête païenne qu’est Noël, il reste que c’est un événement rassembleur qui sollicite le meilleur de nous-mêmes et nous lie à nos semblables. Et comme l’exprime si bien le philosophe Pierre Bertrand : « Si nous ne pouvons changer le monde, du moins pouvons-nous changer notre monde, celui que nous habitons avec nos proches, celui de nos contacts et relations, celui que nous constituons avec nos pensées, nos affects, nos perceptions. » Tout ce que nous donnons, que nous recevons et que nous partageons durant les fêtes ne peut que nous encourager à avoir plus de compassion. Soyons du bord de la compatissance et le monde s’en portera mieux.

Passe de belles fêtes Urgel

 

En toute amitié,

Alvina

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