Lettre vagabonde - 8 mars 2006

Quelques déboires climatiques et autres atmosphères

 

Cher Urgel,

Dès que le pied enjambe le seuil, le voyage s’amorce telle une naissance en chair et en os. Je jette un dernier regard à la maison qui déjà n’est plus la même. La bonne humeur et le soleil inondent les trois passagères de la voiture. L’heure est à l’errance. La destination est Lodève. Je rêve déjà.

À moins de vingt minutes de route, le mauvais temps nous assaille. La fumée des cheminées s’échappe à plat ventre avant de courir dans tous les sens. La vallée de la Matapédia grisonne, les yeux s’embrouillent. Derrière la barricade des Appalaches, un semblant de visibilité se maintient. À l’approche du fleuve Saint-Laurent, la poudrerie envahit la route 132 et les coups de vent explosent comme des grenades. La voiture avance lentement telle une fourmi dans un bol de farine. La colère du vent se targue de tout dominer. L’escouade du fleuve, sauvage et complice, s’élance sur la route et ne laisse aucun répit aux automobilistes. Nous roulons dans un tunnel de fumée blanche. Le danger diminue par moments tout en nous menaçant jusqu’à Montréal.

Montréal est secoué par le vent et envahi par le froid. Avec les travaux de démolition et de reconstruction le centre-ville ressemble à un champ de bataille pris d’assaut par des robots métalliques. Je constate que des dizaines de kilomètres de marche en ville ne font pas de nous des marcheurs, encore moins des randonneurs. Nous formons la masse dense des piétons.

Sur une invitation du poète José Acquelin, je me retrouve au Pub Quartier latin où a lieu un lancement par le poète Jean-Paul Daoust. Sylvain Rivière, Elise Turcotte, Jean-Eric Riopel, Danyelle Roger sont rassemblés là. Elise m’apprend qu’elle et Danyelle ont séjourné à Lodève lors du Festival des Voix de la Méditerranée. Heureuse coïncidence !

L’avion part à l’heure de l’aéroport Pierre-Elliot Trudeau pour parcourir ses 6 400 kilomètres vers Paris. Des zones de turbulence se succèdent. La tempête ne lâche pas prise, même qu’elle nous attend de pied ferme. Il neige à Paris. Le RER nous conduit à la gare de Lyon où nous attendons quatre heures le TGV à destination de Montpellier. Des pigeons, des moineaux et des courants d’air glacial s’engouffrent dans les lieux par les espaces ouverts à la circulation des trains. Malgré les vêtements empilés comme des pelures d’oignons, je n’arrive pas à me réchauffer. Mes mitaines et mon long foulard me manquent. Enfin le TGV nous prend à son bord. Il fera les huit cents kilomètres de Paris à Montpellier dans un temps record, soit trois heures vingt-sept minutes. Quand je pense que la même distance de Campbellton à Montréal prend plus de dix heures. Durant la moitié du trajet, des collines et des champs enneigés ainsi que du blizzard empêchent toute forme de dépaysement. On a laissé un hiver pour son frère jumeau que je me dis.

À la gare de Montpellier, mon amie Jocelyne nous accueille chaleureusement et nous conduira à Lodève, ville enclavée entre les Cévennes et les monts avoisinants. Pour environ deux mois, j’habiterai en cette ville, dans une étroite rue piétonne, une maison louée. Lodève est une petite ville de la région Languedoc-Roussillon. C’est à Lodève qu’a lieu le Festival des Voix de la Méditerranée où des auteurs canadiens figurent parmi les invités. Ancienne cité romaine, Lodève est parcourue d’impasses, de rues étroites, de moins de deux mètres. C’est une ville-étape sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Justement, j’ai aperçu deux pèlerins qui traversaient la ville, chargés comme des ânes, le pas résolu et d’yeux que pour la route. Ils n’étaient que deux mais donnaient l’allure d’une procession. Déjà dans les livres, je ressentais quelque chose de sacré dans cette marche. Les deux pèlerins en étaient les porteurs. Je fus saisie d’un grand respect, comme lorsque l’on pénètre un lieu de culte.

Le plus surprenant depuis mon arrivée, c’est le climat. Les propriétaires garantissaient une température agréable et confort assuré à ce niveau. On n’a pas réussi à obtenir plus de 14° C à l’intérieur de la maison de trois étages chauffée par trois minuscules calorifères. La randonnée de groupe aujourd’hui dans le massif de l’Aigual avait une exigence à laquelle je n’ai pu répondre. Il fallait apporter ses raquettes. Hélas, je les ai laissées à la maison. Qui aurait cru ?... Le voyage c’est l’aventure. Je rêve.

En toute amitié,

Alvina

 

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