Lettre vagabonde – 2 mai 2007

Merci bien, beaucoup, infiniment…

 

Cher Jean-Yves,

Le mot merci a changé de signification et même de genre à travers les âges. À son origine, il signifiait un salaire, un prix, une récompense. Les auteurs chrétiens l’ont utilisé au sens de bienveillance, pitié, grâce. Dans  Merci, Daniel Pennac raconte à grands coups d’humour ses déboires avec le mot. Merci rapporte l’histoire d’un écrivain primé pour l’ensemble de son œuvre. Sur scène, il tente de remercier son monde. Lors de l’événement  Livres en fête dans la Baie-des-Chaleurs, on a pris la parole et la plume pour lancer à profusion des constellations de mercis.

Dire merci n’est pas aussi facile qu’il y paraisse. Je parle ici des mercis que l’on adresse en public au public et à des individus lors d’événements. On attend les remerciements des gens comme des confidences. Monter sur scène et adresser des mercis n’est pas une tâche à prendre à la légère. Je parle des mercis qui viennent du cœur. Dieu merci, j’exclus de ce fait les politiciens.

À maintes reprises dans une journée, les mercis fusent. Que tu m’ouvres la porte ou que je te laisse passer, que tu m’offres un café ou que je te fasse un compliment, nous échangerons des mercis. Cela va de soi. La politesse on connaît, la gratitude également. Le quotidien est pavé de remerciements. Un mot bref mais de longue portée. Nous exigeons des enfants l’emploi du mot magique. Un mot contact, gratifiant et attendu. Un mot qui ne perd pas ses lettres de noblesse. Il est devenu indispensable.

Un lancement de livre, un hommage pour son œuvre amène l’auteur à remercier son public. Daniel Pennac a exploré les facettes du remerciement en cent vingt-six pages de délibérations dans Merci. Il n’a pas résolu le dilemme. C’est pour dire comme il est difficile de remercier en public. La tâche est exigeante. L’émotion côtoie la sincérité, la gratitude supplante la politesse. On ne veut oublier personne.

Les participants au lancement d’une œuvre viennent rendre hommage à l’auteur. Notre présence est un gage d’admiration et en un certain sens, un remerciement. Les auteurs ont droit à notre reconnaissance. Ils ont besoin de nous comme nous avons besoin d’eux. Lors de Livres en fête, grand événement littéraire en Gaspésie, trois de nos auteurs, chacun en son style particulier, ont remercié l’auditoire ainsi que les personnes qui de près ou de loin ont contribué à leur travail de création.

France Cayouette a ajouté à ses remerciements la lecture de ses haïkus. Le profil de France se fusionnait au soleil éclatant sur la baie. Les mots de La lenteur au bout de l’aile nous atteignaient tel le souffle des choses, à petites doses. Nous étions hérons, les ailes bercées par la douce brise des haïkus.

Louis Harvey, un romancier qui ose se laisser traverser par les émotions, a lancé du fond du cœur sa reconnaissance. Généreux des ses mercis, sincère dans ses propos, Louis nous a touchés. Il se saisit de la vie comme le vent de la neige. De tempête en accalmie La traversée nous  projette dans les courants vifs de trois générations. Quiconque entreprend La traversée ne peut plus s’arrêter en chemin.

Sylvain Rivière a mis son chapeau de conteur et des membres de l’auditoire sont devenus ses personnages. Nous étions venus lui rendre hommage pour l’ensemble de son œuvre, il nous a reconnus comme des complices de son histoire. C’était sa façon de dire merci. Sa poésie vient du grand large, ses récits issus de l’air salin et du varech. Sylvain est un coureur de grèves et de mots.

Les mercis écrits laissent des traces indélébiles. Les écrivains cachent des remerciements partout dans leurs œuvres. Il y a les officiels, les dédicaces, les citations et les autres. Tous, nous enrobons nos mercis de formules variées. La source est inépuisable, les destinataires innombrables. On ne finira jamais de remercier. Me reviennent les mots de Serge Reggiani : « Il est des êtres si proches qu’on n’imagine pas leur écrire, comme si les lettres étaient réservées aux absents. On ne songe pas à leur dire comment on les admire ou combien on les aime. Un jour, il est trop tard… » Et si Reggiani avait raison? Merci, merci beaucoup, merci infiniment Louis Harvey, France Cayouette et Sylvain Rivière pour La traversée avec La lenteur au bout de l’aile sur tous les Chemins d’exil.

Jean-Yves, tes envols de mercis tout en poésie se déposent parfois dans ma boîte aux lettres. Merci, merci beaucoup.

 

Amitiés,

Alvina

 

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