Lettre vagabonde – 24 octobre 2007

Il manque quelques feuilles à la culture

 

Bonjour Urgel,

Octobre en met plein les sens. L’automne présente son forfait naturel et sa programmation culturelle. Le paysage s’illumine et se métamorphose, les événements artistiques se succèdent. Musique classique, chanteurs populaires, théâtre et spectacles variés ravivent la scène culturelle. Tout semble en place afin d’assurer le bonheur de vivre sa culture dans la Baie-des-Chaleurs. Pourtant, il me reste un petit creux. La faim du littéraire me tenaille.

En lisant l’Acadie Nouvelle du 20 octobre, le visage souriant de Serge Patrice Thibodeau m’est apparu. Je peux parler d’apparition car je n’ai pas vu Serge Patrice depuis novembre 2005. Pire encore, je n’ai pas lu son dernier recueil Seul on est. Les œuvres des maisons d’éditions acadiennes ne sont tout simplement pas disponibles dans la région de la Baie-des-Chaleurs. J’ai raté les Salons du livre en Acadie. Le Cercle littéraire la Tourelle a reporté sa Tournée d’automne avec les écrivains à l’hiver 2008. Difficile de trouver feuilles littéraires. Le vent d’automne les aurait-il emportées?

Il me reste une consolation : les lancements de livres. Au Musée acadien du Québec à Bonaventure, la poète Joanne Morency lançait son premier recueil de poésie le 19 octobre. La Gaspésienne était honorée au Festival international de poésie de Trois-Rivières en septembre dernier. Joanne s’est vu octroyer le Prix Piché de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Sous le titre Qui est capable de tant de clarté?, Joanne Morency réunit vingt-deux poèmes au rythme du battement de cœur. Elle met également les mots en chansons ce qui lui a valu un grand succès au Festival de la chanson de Grande Vallée. La poète Joanne Morency réussit à lancer la poésie dans les airs, à créer des airs poétiques et plus encore. Elle inscrit la poésie sur les murs.

Je rêve depuis des années de voir afficher sur les murs intérieurs et extérieurs des établissements publics et des maisons privées, des poèmes. En collaboration avec la photographe Suzanne Lauzon, Joanne Morency a créé une exposition intitulée Empreintes. L’exposition est en montre au Musée acadien du Québec à Bonaventure jusqu’au 21 novembre 2007. Les photos montrent des Gaspésiens d’origines diverses maintenant enracinés en Gaspésie. Leurs empreintes sont accompagnées des vibrations de l’âme grâce à la poésie de Joanne Morency. Pour te donner un avant-goût de l’univers imagé des mots, voici deux poèmes. Ils ont choisi de voyager hors les murs et hors les livres.

                                                J’ai vidé mes boîtes
                                                une à une
                                                de chaque petit morceau d’autrui

                                                il n’y a pas de porte entre les idées d’en arrière
                                                et celles du devant

                                                la nuit
                                                les gens se déplacent à leur insu

                                               j’envoie les changements d’adresse

                                               ___________________________

                                               quand la noirceur tourne sur elle-même
                                               il n’y a qu’à sauter de montagne en montagne

                                                mais comment distinguer
                                                le haut
                                               du bas
                                               dans le ciel?

                                               il arrive que l’on tombe en haut


La littérature a droit de cité dans la vie culturelle d’un milieu. Sans l’écriture, même la plus sublime pièce musicale serait tombée dans l’oubli. La mémoire, éteinte. Serge Patrice Thibodeau a inscrit une réflexion de Gao Xingjan dans Lieux cachés « La littérature est faite pour les vivants, elle est l’affirmation des vivants dans l’instant. Cet instant éternel, reconnaissance de la vie de l’individu, c’est la raison d’être inébranlable de la littérature, s’il est encore besoin de chercher une raison d’être à cette immense liberté. »

 Un grand vent d’automne persiste à me faire rêver de grandes myriades de feuilles volantes dans le ciel de notre culture.

 
Bien à toi,

Alvina

 

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