Lettre vagabonde - 7 février 2007

La rentrée littéraire… pour une immersion au cœur de l’existence

Cher Urgel,

C’est plus fort que moi, lorsque arrive le cahier de la rentrée littéraire dans le Devoir, je m’embrase. J’ai l’impression d’être Robinson Crusoé qui aperçoit enfin le salut à l’horizon. Le cahier littéraire devient le paquebot qui viendra me sauver. À son bord je voguerai sur les océans de l’imaginaire, accosterai en territoires inconnus et aborderai les cultures du monde.

Tiens la page couverture promet une escale en l’univers de Robert Lalonde qui pointe son œil de curiosité au-dessus du sourire moqueur. Il étonne Lalonde ; avec lui, le contentement est assuré. Mieux vaut s’armer de patience car son tout premier recueil de nouvelles Espèce en voie de disparition, se pointera en avril seulement.

Le Devoir en met plein la vue. Les maisons d’édition offrent une brochette inégalée d’auteurs oeuvrant dans tous les genres littéraires. Afin d’éviter la boulimie littéraire, je te convierai au banquet des auteurs que je privilégie dans ce grand gala de littérature. Des écrivains mieux connus grâce à leur passage au Cercle littéraire la Tourelle ont tout à offrir au cours des prochains mois. Rajuste tes lunettes, prépare-toi à voler le temps et à laisser ton esprit s’enflammer.

Une panoplie de forfaits voyages littéraires te convie à tous les états d’âme, les gammes d’émotions allant de la pure relaxation méditative à l’aventure extrême, ouverte à tous les risques. Prépare-toi à de grandes sorties dans le vaste monde où tes croyances seront ébranlées, tes connaissances enrichies. Il est de ces auteurs qui ne laissent pas indifférents. La rencontre avec leurs œuvres provoque la confrontation, accorde des compromis et aboutit à une réconciliation.

Quatre romancières se distinguent. L’idole de mon adolescence, Marie-Claire Blais, ne m’a jamais déçue. Elle m’a même promis que deux personnages que j’aime et que j’ai côtoyés dans sa trilogie reviendront dans Noces à midi au-dessus de l’abîme qui paraîtra chez Boréal. J’ai hâte de retrouver Augustino et Venus. Ces êtres de chair et de sang t’atteindront en profondeur. Michèle Marineau a déjà fait battre mon sang avec son roman bondé de suspense La troisième lettre. Les énigmes se succèdent et te happeront. Aucun repos. Tu y croiseras les traits de ma nièce Suzanne qui porte le nom de ma nièce Carol. La troisième lettre survole Moncton, la Nouvelle-Écosse, Montréal et le Témiscamingue. Aude revient en force avec Chrysalide, roman sous forme de journal intime. Une adolescente confrontée à n’être que l’image d’elle-même choisit le suicide. Chrysalide est le récit de la lutte engagée pour devenir ce que nous sommes. Tu apprécieras la tendresse dans l’écriture de Aude. Christiane Duchesne sortira chez Boréal le premier d’une trilogie intitulé La ville sans nom. Une favorite du Cercle littéraire la Tourelle celle-là.

La poésie ne sera pas en reste. Imagine-toi que Hexagone publie dans sa collection Rétrospectives, la poésie quasi complète de Madeleine Gagnon. Huit cents pages poétiques t’attendent en avril. Je m’impatiente déjà. Rachel Leclerc promet avec Ciels et Joël Desrosiers avec Les Caïques. Du côté de l’Acadie, Perce-Neige me garantie de belles heures en compagnie de Serge Patrice Thibodeau, l’écrivain qui touche à la poésie et aux récits de voyages avec les pieds dans l’encrier, une plume à la main, la tête remplie de son écriture saisissante et sincère. Même si Rino Morin Rossignol ne fut pas encore invité au Cercle littéraire, il est l’un des nôtres tant on le côtoie avec ses chroniques dans L’Acadie Nouvelle. Il prend l’habit du poète avec Intifada du cœur.

Je n’arriverai pas à aborder tous ces écrivains animés qui nous parlent plus qu’ils ne font parler d’eux. Ces auteurs utilisent les mots qui percent la façade des non-dits, donnent un nouveau souffle à la vie. Ils dirigent le regard vers des horizons où la vie s’éclate, où l’âme s’illumine, où le lecteur s’appuie en toute confiance.

Plus que jamais, nous avons besoin d’exprimer la beauté du monde. La planète agonise sous nos agressions de plus en plus violentes L’art littéraire nous sauvera momentanément du désespoir et qui sait peut-être même de l’oubli quand nous n’y serons plus. Dans Pluie et papier Vladimir Tasic conclut ainsi son roman sur la fin de nous : « Alors en ce jour lointain, d’autres chevaliers, en dansant et en furetant dans la décharge cosmique que nous laissons derrière nous, retrouveront peut-être cet écrit, le liront, l’interpréteront et diront, non sans un certain étonnement qui fait ma joie et ma consolation l’une et l’autre aussi fragiles que la plus délicate des porcelaines : « Des gens bien curieux ont vécu en cet endroit bien ordinaire. » »

J’ai déjà commencé à voler le temps, à tourner les pages, à faire le tour du monde. À toi d’en faire autant.

Amitiés,

Alvina

 

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