Lettre vagabonde – 16 avril 2008

 

Avril et Petite philosophie de l’ennui

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Cher Urgel,

Avril a toujours été un mois morne et sale. Le soleil darde la neige de ses rayons et laisse apparaître de nouvelles accumulations de saleté. Les abords des routes ressemblent à un site d’enfouissement soudainement déterré. Le vent a transporté de bien étranges objets dans ses furies hivernales. Les activités à l’extérieur sont au ralenti. Avril pourrait être un mois avec un fort indice d’ennui.

Pour tâter le pouls du mois d’avril, j’ai mis la main sur Petite philosophie de l’ennui. Selon Lars Fr. H. Svendsen, les gens qui regardent quatre heures et plus de télévision au quotidien sont des gens qui s’ennuient. Les autoroutes de l’information ont fait de nous « des spectateurs et des consommateurs passifs. » Ils réussissent à nous distraire et parfois à nous endormir. Svendsen écrit que « le monde devient ennuyeux quand toutes les choses sont transparentes. C’est pourquoi nous avons besoin de risques et de chocs. » Svendsen souligne que ce sont surtout les hommes qui s’ennuient, rarement les femmes. L’auteur de la Petite philosophie de l’ennui a déniché pour nous le roman le plus ennuyeux : William Levell de Ludwig Tieck. La lecture de Petite philosophie de l’ennui n’aborde nullement les mois ennuyeux. Avril a donc la vie sauve.

Le mois d’avril ne dégage pas seulement les fossés et les champs. Dès que cèdent les glaces, le bleu de la mer apparaît entre ses radeaux blancs. Le printemps écrit, à même cet immense encrier, de belles pages d’espérance. Quelques vagues de souvenirs déroulent devant mes yeux le bleu profond des eaux autours de l’Île de Capri. La baie des Chaleurs surprend et étonne avec ses multiples visages.

Un poète, en tournée dans la région, prend des photos. Malgré mes explications, il persiste à appeler mouettes les goélands argentés et les goélands à manteau noir, installés sur les glaces flottantes. Le soleil éclatant jusqu’au sommet du mont Saint-Joseph donne à la ville de Carleton, les couleurs vives d’une toile impressionniste.

L’ennui est complètement absent du mois d’avril vu de la mer ou de la montagne. L’ennui au fond c’est lorsque rien ne change, même pas le regard que nous posons sur les choses. Dans Petite philosophie de l’ennui Lars Fr. H. Svendsen emprunte le regard de Pascal, Pessoa, Kierkegaard, Samuel Beckett, Andy Warhol et bien d’autres. Avec eux, nous cernons l’ambiance, l’atmosphère de l’ennui. Méfions-nous un peu quand même, il paraît que 100% de la population souffrent d’ennui au cours de leur vie contre 10% qui souffrent de dépression. Svendsen, en conclusion à son petit traité de l’ennui, écrit « Devenir adulte, c’est accepter le fait que la vie ne peut pas rester dans la magie de l’enfance, qu’elle est dans une certaine mesure ennuyeuse, mais c’est en même temps se rendre compte qu’elle vaut la peine d’être vécue. Cela ne résout rien, bien sûr, mais cela change les données du problème. »

Je t’invite à une balade en voiture du côté de la baie des Chaleurs; ça rince l’œil et protège l’âme, même des ennuis à venir.

 

Amitiés,

Alvina

 

 

 

 

                       

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