Lettre vagabonde – 17 septembre 2008

Ma librairie, mon libraire

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Salut Urgel,

Je l’appelle ma librairie comme on dit mon village, ma maison. Je dis mon libraire comme on prononce mon ami. Le possessif n’a pas que le pronom. Je me suis bel et bien approprié ce haut lieu dès que je l’ai découvert. Aucun autre commerce ne mérite à mes yeux une si longue et fidèle fréquentation. Je parcours régulièrement la centaine de kilomètres qui me séparent de la librairie Liber à New Richmond. Fréquenter ma librairie, c’est posséder la clé de l’univers et avoir accès à toutes les interprétations de son existence.

Comme de nombreuses villes au pays, New Richmond a vu de ses commerces mettre la clé dans la porte à la suite de la fermeture de sa principale industrie : l’usine de pâte et papier. Ce papier qui détient la mémoire du monde. La petite librairie Liber tient bon et tient tête aux sautes d’humeur de l’économie. Derrière la porte de la librairie, on est assuré de trouver de bonnes nouvelles.

Qu’est-ce qui donne un cachet particulier à une librairie ? Qu’est-ce qui incite les curieux à s’y engouffrer, à flâner librement à travers les rayons, à manipuler la marchandise comme si elle leur appartenait déjà ? Chez Liber, je me sens à l’aise d’assouvir mes sens « insensément. » Je parcours un livre du regard pour sonder ses sentiments comme on le fait avec un nouveau venu. Je lis quelques lignes ici et là pour voir si elles m’émeuvent. Je hume l’odeur du papier et de l’encre comme on hume le parfum d’une orange. Je palpe la page tel un tissus pour en vérifier la souplesse et la douceur. Je m’abandonne à tous mes caprices, donne libre cours à mes émotions et confesse mes coups de foudre à la librairie Liber. Grâce à l’accueil chaleureux et aux connaissances du libraire, je retrouve en lui un complice littéraire.

Roch est un libraire à l’écoute de ses clients et respectueux de ses livres. Il connaît les écrivains, fixe des rendez-vous avec eux. Grâce à ses lectures et à ses conseils, j’ai connu de nouveaux auteurs et me suis enrichie de leurs oeuvres. L’accueil de Roch et de ses employés donne l’impression de se retrouver en famille. On se donne des nouvelles d’écrivains, on raconte nos dernières lectures. On confie ses coups de foudre et affiche ouvertement sa passion pour un auteur. Que je sorte de la librairie avec un livre ou un sac rempli de volumes, je sors toujours la tête pleine d’idées. Roch prend tous les moyens pour répondre à nos besoins. Il part à la recherche d’un livre en connaisseur. Tout comme son père avant lui, Roch est un libraire professionnel. J’admire un libraire qui lit, qui conseille ses lecteurs et qui partage ses lectures.

Certaines librairies de grandes surfaces m’attirent moins. On y vend de tout. Le libraire, souvent un non lecteur recourt à l’ordinateur à la moindre demande de renseignements. Il ignore tout des écrivains. Ce genre de librairies tire son profit de la vente de bibelots et d’une foule d’accessoires. La vitrine prend l’allure d’un magasin général. Nicole Filion a écrit un très beau texte qui s’avère une parodie d’une librairie semblable. Sa nouvelle intitulée La librairie de la place ne vend pas de livres et les employés ignorent ce qu’est un roman. Ça me rappelle cette directrice de bibliothèque publique qui affirmait n’avoir pas le temps de lire. Elle n’avait pas ouvert un livre depuis des années. Le libraire chez Renaud-Bray, quant à lui, ne lisait pas. Le plus étrange, il était lui-même écrivain. Je cherche à éviter ce genre de librairies où personne ne semble s’intéresser aux livres ni à leurs auteurs.  

Dans une région, la librairie abat les frontières. Elle permet aux idées de circuler. Elle donne accès au plaisir et aux connaissances. Elle entretient une plus grande ouverture sur le monde. La librairie et la Poste, deux établissements essentiels dans une communauté. Elles forment un réseau de communication indispensable. Je m’accorde avec Nicolas Bouvier qui affirmait ne pouvoir vivre en un lieu sans bureau de poste. Je penche également du côté de Robert Lalonde qui fréquente sa librairie assidûment comme un religieux son temple.

Je préfère les petites librairies accueillantes telle la librairie Liber. Il y a moins de volumes que dans les grandes librairies mais on peut commander. Je suis toujours bien accueillie. Roch reconnaît les goûts des lecteurs. Il s’empresse de leur présenter une oeuvre récente ou de partager son dernier coup de cœur. La librairie Liber, un haut lieu de littérature, son libraire, un professionnel et un ami. Impossible de passer un mois sans y mettre les pieds. Je te souhaite Urgel de trouver un libraire aussi compétent et sympathique que le mien à Rimouski.

 

Amitiés,

Alvina

 

 

 

 

                       

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Commentaires (2)

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