Lettre vagabonde – 1er octobre 2008

À la recherche de l’énergie intérieure et extérieure

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Bonjour Urgel,

Le mot « énergie » prend de l’ampleur, se mêle à toutes les sauces. L’énergie surgit de la terre, du corps ou du ciel. Elle mijote dans les potions spirituelles, brasse les ingrédients du matériel et scande le rythme du physique. Jamais un mot n’a possédé une charge si explosive partout sur la planète et en tous les domaines. L’énergie sous toutes ses formes nous rassemblent ou nous divisent.

Les courants de pensées explorent l’énergie comme source vive, la force qui initie l’action. Des livres traitent de l’énergie vitale, des programmes enseignent comment la développer. Les êtres humains ont besoin d’énergie extérieure à celle du corps et de l’esprit. La planète entière est à la recherche d’énergie. En tête : l’énergie pétrolière.

Grâce à mon libraire, j’ai découvert un livre captivant intitulé Éloge de l’énergie vagabonde. L’auteur est un écrivain voyageur pas comme les autres. Sylvain Tesson porte une profonde réflexion sur les mystères de l’énergie. Il voyage à pied, à vélo, à cheval, à travers le monde. Son dernier périple nous mène de la mer d’Aral à la mer Caspienne en suivant un oléoduc d’où coule le pétrole en même temps que les réflexions de notre vagabond. D’autres écrivains voyageurs ont parcouru la route de la soie, celle des anciens navigateurs et les chemins reliant de tous les temps les hommes.

Sylvain Tesson parcourt la route des pipelines et nous invite à le suivre. Il écrit : « Ce voyage m’a été inspiré par ma passion des oléoducs. Les tubes m’obsèdent, les pipelines me ravissent. » Pour lui, « l’huile fluide coule dans le tube dur pareille au sang dans l’artère. L’entrelacs de ses serpents charriant le boudin noir des sous-sols ressemble à des veines qui irrigueraient le plus vaste organisme vivant : l’humanité. » Les oléoducs l’invitent au voyage. La vitalité de son écriture m’invite à le suivre. L’auteur réussit à englober dans un même volume toutes les formes d’énergie, à en extraire la force, a en saisir l’ampleur. Pour l’auteur, pétrole et force vitale émanent du même principe : « l’être humain possède un gisement de forces que des forages propices peuvent faire jaillir. »

Sylvain Tesson loge à l’enseigne des penseurs modernes tout en puisant dans le long parcours de l’humanité matière à réflexion. La terre regorge d’énergie, l’homme également. Dans Éloge de l’énergie vagabonde, les deux jaillissent à la surface. De son errance le voyageur déduit : « Les hommes comme les étoiles reçoivent à leur naissance un gisement intérieur. Ils puiseront dedans et en convertiront leurs sources en actes, en paroles, en pensée, en oeuvre d’art. » « L’homme a la chance de choisir à quel degré d’énergie brûler sa vie » ajoute Sylvain Tesson. Du côté de l’énergie pétrolière, l’auteur conclut : « Aujourd’hui, la course aux réserves énergétiques a remplacé la conquête géographique. On ne prépare plus les guerres penché au-dessus des cartes  mais des relevés géologiques. »

Éloge de l’énergie vagabonde a valu à son auteur le Prix Nomad’s. Ce livre se lit au rythme de la marche, à l’enseigne de l’émerveillement. D’ailleurs l’écrivain avance « qu’il y a dans la capacité d’émerveillement l’un des secrets de l’énergie vitale » et dans la marche, une libération de nos angoisses. Sylvain Tesson me laisse sur une réflexion préoccupante. « ... au fur et à mesure que l’énergie du monde s’accumule dans le ciel, vibre dans les cités, s’amasse sur les routes, l’énergie diminue dans les êtres. » Il serait peut-être temps de reprendre possession de notre énergie vitale.

J’ai déjà commandé chez mon libraire Petit traité de l’immensité du monde du même auteur. Attends-toi à ce que surgisse à nouveau Sylvain Tesson comme une source explosive d’énergie qui permettra à la nôtre de rejaillir.

 

Amitiés,

Alvina

 

                       

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