Lettre vagabonde – 24 septembre 2008

Parent unique, pour Le fils du Che

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Cher Urgel,


Le nombre croissant de parents séparés ou divorcés donne une population d’enfants perturbés. À ceux-là, s’ajoutent ceux de père ou de mère inconnu et les orphelins. Comment vivent ces jeunes issus de familles discordantes, éclatées ou

inexistantes ? Ce n’est pas le fait de retrouver une forte augmentation d’enfants vivant avec un seul parent ou sans qui rend la situation normale. Psychologues, travailleurs sociaux, enseignants et parents sont confrontés à l’ampleur de la détresse dont sont affligés les enfants.

Des parents choisissent comme solution au divorce la garde partagée. Un jour, un bon copain m’avait expliqué au sujet de son fils après la séparation : « Justin vit une semaine avec sa mère, la suivante avec moi. Il a deux maisons, deux chambres, deux coffres à jouets et deux groupes d’amis. » La seule chose que l’enfant veut en couple : ses parents. « La garde partagée, ça fait l’affaire des parents » avance l’écrivain Pierre Szalourski.

Je termine tout juste un bon roman qui explore la désespérance d’un jeune qui vit seul avec sa mère. Il ne connaît pas son père. Le Fils du Che  de Louise Desjardins nous plonge au cœur d’une relation houleuse mère-fils. Alex entre dans son adolescence au même moment qu’il quitte la demeure de ses grands-parents en compagnie de sa mère. Si le fils vient tout juste de faire son entrée dans l’adolescence, la mère, elle, ne réussit pas à s’extraire de la sienne. Le père absent, inconnu du fils, plane au-dessus d’une rupture impossible à colmater. La mère et le fils sont en constants conflits. La meilleure arme d’Alex contre sa mère : le silence. C’est l’arme redoutable de la révolte, de l’impuissance. Sa forteresse le protège contre la parole. Alex communique autrement. Il écrit. Sa bouée de sauvetage : l’ordinateur. Il écrit et il envoie des courriels à Lola, une compagne de classe à qui il n’a pas encore adresser la parole. Sa violence passe par les mots, la haine aussi. Parfois, il lance ainsi des appels au secours. « Dans sa chambre, sous l’énorme poster du Che que sa grand-mère lui a donné, Alex suçote une réglisse qui lui noircit les dents et la langue; devant son ordinateur, il tape des mots, des mots, des mots. Il aime l’écriture autant qu’il déteste la parole. » « Souvent il s’adresse à l’ordinateur comme ami qu’il appelle Pacman. »

Louise Desjardins puise dans les relations parents-enfants, dans l’engagement social le souffle de son roman. L’action se déroule en milieu urbain là où la misère humaine la plus déchirante se camoufle le mieux. Des touches d’humour pointent ici et là, la marque infaillible du talent de Louise Desjardins. Le Fils du Che est un roman d’actualité. Les peurs ne s’accrochent plus aux mêmes sujets, la fuite ou le retrait prennent de nouvelles directions. Le désespoir de l’adolescence, la révolte demeurent les mêmes. Le silence constitue un rempart derrière lequel se réfugient les adolescents. C’est une arme utilisée depuis des lustres. José Acquelin écrit dans son tout dernier ouvrage, « Quand j’étais petit à l’école, je m’ennuyais. Un peu plus tard, à l’adolescence, j’emmerdais les profs avec mon silence. »

Si Alex nous apparaît comme une victime d’une famille monoparentale, sa mère, attire également la sympathie. Angèle est une personne blessée et négligée par la génération qui l’a précédée. Elle lance sa détresse par l’entremise de courriels à sa copine : « Je voudrais pouvoir laver toute ma vie avec mes larmes, recommencer à zéro avec d’autres parents, dans d’autres lieux, avec une âme neuve qui me permettrait de changer le monde. Mais je n’arrive plus à pleurer. » De belles notes douces retentissent au long du roman grâce à la complicité entre Alex et sa grand-mère.

La lecture de Le Fils du Che, un beau voyage au pays de l’adolescence. Parfois un fil évocateur fait remonter à la surface des moments sombres de notre propre adolescence. Il favorise un bon ménage dans la chambre des souvenirs. Il reste à chacun d’entre nous de jeter par-dessus bord quelque amertume qui risquerait de nous miner. Tout adolescent ne possède-t-il pas ses stratégies de camouflage et ses longs silences ? Un roman qui ne laisse pas indifférent Le Fils du Che. Ça se lit comme une confidence, un aveu. Même le silence s’ébruite. Louise Desjardins détient une bonne connaissance de l’adolescent et sait rejoindre celui parfois trop silencieux qui ne nous a pas encore quittés tout à fait.

Amitiés,

Alvina

 

                       

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