Lettre vagabonde - 22 avril 2013

Écrire jusqu'à vie s'ensuive

 

Madeleine Gagnon inscrit sa vie à tous les registres de l’entendement et de la sensibilité dans son récit autobiographique. Depuis toujours concilie sens et connaissances. La force du récit tient aux trois voix porteuses, à la fois distinctes et unificatrices. Les voix de l’enfance, de l’humanisme et de la poésie témoignent d’une vie et d’une écriture qui ont germé et se sont fortifiées au même terreau.

 

Je suis rentrée dans le récit de Madeleine Gagnon comme si j’étais conviée à un rendez-vous intime chez une amie. L’écriture est accueillante et généreuse. Une complicité tacite s’est établie car la traversée de son époque renferme des traits communs avec la mienne. Des êtres et des lieux me sont familiers. Pourtant je fus vite happée par plus vaste horizon, par une vision renouvelée sous la force et la fraîcheur de son écriture. Dès le premier chapitre Le champ de carottes le ton est donné, la poésie est incrustée dans le regard, la réflexion est enrichie d’intuition, de sensibilité et d’expériences. Le monde se dilate sous sa plume. La vie et l’écriture entrent en fusion, d’où l’intensité de l’autobiographie de Madeleine Gagnon. L’auteure aborde le paradis et l’ombre de sa perte. Son attachement à « sa tribu », son amour de la nature, son goût pour la musique et la fête, son empathie indéfectible envers tous s’y imprègnent déjà. Le contenu et le contenant, s’écrivent en une prose poétique qui émeut.

 

L’enfance possède une vie qui dure aussi longtemps que nous. Madeleine Gagnon en est un fidèle témoin. La voix de l’enfance, spontanée, transparente et vulnérable donne la place à l’imagination et à l’étonnement. Le terreau est propice, l’écrivaine est née. L’auteure n’a-t-elle pas dit « Je joue à écrire et à dessiner parce qu’il me reste beaucoup d’enfance. » La fraîcheur autant que le ton ne peuvent venir que de cette spontanéité désarmante que seule l’enfance nous accorde.

 

Les œuvres de Madeleine Gagnon portent la voix de l’humanisme. Empathie et compassion font de l’écrivaine un être de l’écoute autant qu’une militante contre toute forme d’injustice. Depuis toujours révèle le fondement de cette voix. Une place de choix est réservée aux relations humaines, à l’amour, à l’amitié, à la solidarité également. On y détecte l’indulgence et l’ouverture d’esprit. La voix de la poésie englobe les voix de l’enfance et de l’humanisme et signe le talent de Madeleine Gagnon. Son « goût de la création du monde avec l’architecture des mots seuls… », « vouloir dire où ça ne parle plus » écrit-elle dans Mémoires d’enfance. La musicalité du texte nous emporte vers tous les états d’âme. Elle écrit à fleur de poésie, là où les mots ont atteint la « sensibilité pure.» La substance du récit, c’est par la voix de la poète que nous l’assimilons.

 

« En écrivant ma vie je m’accouche de moi-même et de ma propre vie » déclare l’auteure. Est-ce l’ampleur de cette naissance qui pousse à revisiter nos rêves d’enfance? L’auteure s’accorderait avec Gaston Bachelard qui écrit que « Tous nos rêves d’enfant sont à reprendre. » Je ne suis pas sortie indemne de la lecture de Depuis toujours. L’écrivaine  ouvre des pistes, jette une lumière sur la face cachée de toute existence. « Je suis une fille du peuple qui écrit ses voyages en pays étrangers, loin sur la mappemonde ou loin au fond de moi. »

 

Une voix de toutes les tonalités comme celle de Madeleine Gagnon, imprégnée de fragments d’âme, de cœur et de tripes, ne peut que faire vibrer. Son écriture ne cesse de donner naissance à ce qui nous aide à vivre et Depuis toujours en est l’affirmation déterminante.

 

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