Lettre vagabonde - 10 décembre 2014

Mon salon du livre de Montréal

Mon salon du livre de Montréal

Salonlivre

 

Si je parcours huit cents kilomètres pour me rendre au Salon du livre de Montréal, c’est pour profiter de ce fabuleux lieu de rencontres et prendre des nouvelles du monde. J’y retrouve plus que des écrivains et des livres, plus que des éditeurs et des distributeurs. Nonobstant la toile envahissante du marketing, j’y retrouve mon compte. L’exposition gigantesque s’étale sur un vaste espace où des personnes de toute allégeance se rencontrent et se racontent.

 

Mon intention première est de rencontrer des écrivains. Je possède ma liste d’incontournables, des écrivains dont je lis tous les livres et dont j’admire la personnalité autant que l’œuvre. Grâce aux séances de signature, il est possible d’obtenir de brefs tête-à-tête avec eux. D’autres dont je viens de découvrir le roman, l’essai ou les poèmes sont également inscrits à ma liste. Elle s’allonge ma liste et la foule excessive de visiteurs provoque des bouchons. À force de zigzaguer, je m’égare, accuse du retard au point de manquer un auteur. Christine Eddie, avec qui j’avais des choses à partager s’était volatilisée juste avant mon arrivée à son stand. France Daigle n’était pas au rendez-vous, peut-être égarée à son tour. Robert Lalonde et Jean-François Beauchemin m’ont accordé des moments de discussions fort intéressantes sur les écrits de l’intime. Malgré la file, j’ai réussi à féliciter Dominique Demers pour la pertinence de son récit intitulé Chronique d’un cancer ordinaire. Un témoignage qui met les points sur les I. J’ai abordé Jean-Paul Didierlaurent, l’auteur du magnifique roman Le liseur de 6h27. C’est un livre pour qui aime les livres. J’ai eu la chance de saluer les écrivains de chez nous que j’admire : France Cayouette, Jocelyne Mallet-Parent et Anne-Marie Sirois.

 

Les poètes ne sont pas en reste avec moi, ni moi avec eux d’ailleurs. Dire que c’est Rachel Leclerc qui m’hébergea à Montréal. Ils sont d’une générosité ces poètes. Je les baptise les sans file du Salon puisque ces semeurs acharnés voient peu d’adeptes s’approprier leurs récoltes. José Acquelin, récipiendaire du prix du Gouverneur général en poésie et Louise Desjardins romancière et poète ont permis des retrouvailles riches en partages. Son recueil Ciels métissés prend le pouls d’un territoire, les pulsations d’une famille. J’ai eu le privilège d’échanger avec Olivier Bourque, jeune poète dont j’ai aimé Sommeils. Laure Morali et Joséphine Bacon m’ont impressionnée. Tous ces écrivains ne font pas que signer des livres, ils consignent leurs idées, affichent leur culture et leur style propre. Ce sont des éveilleurs de conscience.

 

En plus des rencontres avec les auteurs, je cours les entrevues et les tables rondes. C’est là que je prends des nouvelles du monde. Les débats d’idées sont rares, les penseurs ont rarement une tribune où s’exprimer. J’ai profité des auteurs et des journalistes tels que Normand Baillargeon, Jean-François Lépine, Paul Ohl et Pauline Gélinas qui nous ouvrent tout grand les portes du monde. Leurs reconnaissances de nos différences en tant que peuples dilatent la conscience. Ils reprochent au Canada d’entretenir la peur de l’étranger, de nous enfermer entre les murs de l’ignorance.

 

Le Salon du livre de Montréal ressemble à une vaste courtepointe où chaque carré de tissus a son mot à dire. Il faut faire le tri. Je ne rate pas l’événement Livres comme l’air ou Pen Québec invite dix écrivains québécois à lire leur lettre et dédicacer un livre à un écrivain emprisonné ou persécuté pour s’être exprimé librement. La lettre de Pauline Gélinas s’adressait à une écrivaine en prison au Honduras, emprisonnée pour avoir dénoncé la pollution désastreuse des cours d’eau potable par les compagnies minières canadiennes dans son pays.

 

Grâce au pouvoir des mots, l’écrivain est une force indéniable de notre société. Les romans, essais, récits et poèmes nous donnent la parole. Ils contribuent à construire nos opinions, notre autonomie et notre liberté. Les  écrivains nous donnent à lire le monde. Comme Paul Ohl, je proclame haut et fort : « Lisez, lisez, lisez et encouragez les autres à lire. » La littérature se compose de voix humaines remontant l’arbre généalogique de millions de voix. Le lecteur assure leur survie. Suzanne Jacob écrit : « Le monde n’est nulle part ailleurs que dans le monde des pensées de chacun. » Il importe de bien le nourrir en lisant. Le Salon du livre nous offre les clés que sont les livres pour débarrer les portes qui donnent accès aux rêves et à la réalité. Si au moins j’en reviens avec une nouvelle prise de conscience et quelques volumes dans le sac à dos, le déplacement n’aura pas été vain. J’oubliais, je reviens également avec une liste que je soumettrai à mon libraire chez Liber à New Richmond. C’est mon salon du livre préféré… à l’année.

 

 

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