Lettre vagabonde - 19 octobre 2014

Sur les épaules de Darwin

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Sur les épaules de Darwin est un livre qui répond à nos interrogations et remet en question nos certitudes. C’est un essai d’anthropologie, de biologie, de zoologie, d’astronomie, le tout inscrit au cœur d’une poésie portée par la voix de grands écrivains. Le sous-titre Sur les épaules des géants fait appel à la fois aux géants scientistes et aux géants écrivains. Ils nous ont légué l’univers fabuleux des sciences et de la littérature, les deux piliers de notre compréhension et de notre création du monde en constante transformation. L’auteur, Jean Claude Ameisen est médecin et chercheur. Il est convaincu que la science à elle seule ne peut sauver le monde. Notre humanité passe aussi par les poètes.

 

Sur les épaules de Darwin est un livre voyage, voyage à la découverte d’un Univers toujours plus riche et mystérieux, un Univers qui nous a fait naître et que nous n’aurons jamais fini d’explorer. Un voyage « à la découverte de nos cousins les oiseaux et les fleurs, et de nos lointaines parentes, les étoiles » annonce la quatrième de couverture.

 

L’auteur ouvre un nombre infini de portes sur le temps, le cerveau, la mémoire, le pouvoir de l’imagination. Il démontre l’existence des liens cruciaux entre la science, la culture et la société. C’est à la fois une véritable mine de renseignements et de réflexions, d’explorations scientifiques et de contemplations poétiques. Jean Claude Ameisen nous mène dans tous les temps, simultanément car « ce que nous vivons dans le présent est toujours du passé » écrit-il. Et ce temps influe sur notre avenir.

 

Au moment où la planète entière sacrifie des hommes, femmes et enfants à toutes les causes, oscille entre sa sauvegarde et sa destruction, Sur les épaules de Darwin surgit comme un souffle puissant et vital. Des découvertes scientifiques y sont exposées, des sphères littéraires explorées. On apprend que « l’énergie sombre », responsable de l’accélération et l’expansion de l’Univers, est plus puissante que la force gravitationnelle. Ainsi, « notre Terre dont la surface tourne à une  vitesse d’environ quinze cent kilomètres à l’heure autour de son axe, et à une vitesse de deux cent mille kilomètres à l’heure autour du Soleil est emporté par le Soleil, à une vitesse de probablement huit cent mille kilomètres à l’heure, dans une course folle autour du trou noir au centre de notre galaxie » écrit Jean Claude Ameisen.

 

Des recherches passionnantes sur le temps, la mémoire, les souvenirs, la musique et les oiseaux nous aident à mieux comprendre le rôle  qui nous revient, rôle influencé pareillement par la science et la littérature. Jean Claude Ameisen résume ainsi notre perception du passage du temps, « Percevoir que ce fleuve qui s’écoule en nous – que ce fleuve dans lequel nous nous écoulons ne bat pas au rythme d’un métronome, ne bat pas au rythme d’un chronomètre, d’une horloge, mais émerge sans cesse au rythme de notre vie intérieure. » Ameisen donne la parole à des scientistes et des écrivains pour nous apprendre les rouages de l’évolution. William Faulkner écrit « Le passé n’est pas mort, - il n’est même pas passé. » Il continue à vivre en nous.

 

Tant de mystères nous entourent. À travers l’étude de la musique ou du comportement d’un oiseau, le monde nous parle. Oliver Sacks dans ses recherches sur la musique décrit son ultime présence en nous autant que son pouvoir guérisseur. « Il suffit de voir un groupe de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer qui entendent de la musique et qui se mettent à chanter ensemble, qui deviennent attentives, qui semblent redevenir vivantes, pour s’apercevoir que le moi n’a jamais disparu. » « Certains sons disent en nous quel ancien temps il fait actuellement en nous » ajoute Pascal Quignard. Des découvertes concernant les geais nous révèlent que « la mémoire ne nous parle pas que d’hier. Elle nous parle aussi de demain. » Jean Claude Ameisen affirme que le geai se souvient des nombreux endroits où il a caché sa nourriture, quel type de nourriture y est cachée et la date à laquelle il l’a enfouie. Il se souvient même de la durée que sa nourriture sera apte à être consommée.

 

Des textes d’Emily Dickinson, de Marcel Proust, de Margaret Atwood et de Jorge Luis Borges viennent corroborer les découvertes scientifiques. Charles Darwin et Siri Hustvedt parlent la même langue concernant le corps et l’esprit. Des poètes tels TS Eliot et Spinoza ont dévoilé dans leurs œuvres les prémices de récentes découvertes par de grands scientistes.

 

Sur les épaules de Darwin donne l’espoir d’une réconciliation entre le savoir et l’imagination, la connaissance et la création. Jean Claude Ameisen nous convie à une exploration exhaustive de l’Univers dans un poème, un chant d’oiseau, l’énigme du trou noir, de l’énergie sombre. Cet essai explore nos origines, et tout comme Dans la lumière et les ombres du même auteur, nous propulse à la fois en un fantastique voyage au cœur de la science et de la poésie sous l’œil scrutateur de Darwin. L’essai nous incite à comprendre et à ressentir à travers les moindres petites choses qui nous entourent et surtout qui nous composent. Tout nous lie à tous ceux qui nous ont précédés.

Comme l’exprime si bien TS Eliot :

« Et la fin de toutes nos explorations / sera de revenir à l’endroit d’où nous sommes partis / Et de connaître le lieu pour la première fois. »

 

Au fond nous passons notre vie à apprendre de la science, à inventer avec les arts et à s’inventer avec les deux. Un véritable festin de révélations que Sur les épaules de Darwin. Bon appétit.

 

 

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Commentaires (1)

1. alibaba 2014-10-25

Ça donne le goût de le lire....entre la science et l'art, c'est une musique qui nous donne le goût de vivre.
xx

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