Lettre vagabonde - 2 novembre 2017

Au cœur du monde sauvage

Frisson sacre

Frisson sacré du monde sauvage est un livre d’exception de par son contenu et sa présentation. L’œuvre est constituée d’une biographie, de tableaux d’artistes, de découvertes qui mènent à l’étonnement et à la connaissance. La famille Benoît est composée du documentariste et photographe Raynald, de Monique et Gisèle, deux artistes peintres animaliers. Les deux femmes ne se contentent pas de peindre l’univers animalier, elles l’explorent, l’étudient. Gisèle Benoît consacre son temps à observer les animaux sauvages, leurs comportements, leurs besoins dans leurs habitats. Frisson sacré est un vibrant témoignage de la vie dans nos forêts canadiennes plus spécifiquement celles de la Gaspésie, du nord de l’Ontario et de la Colombie-Britannique.

En première partie, le biographe Gabriel Leblanc dresse un portrait de la famille Benoît. Le parcours du couple Raynald et Monique et de leur fille Gisèle nous dépeint une famille de marginaux qui ne cesse de nous étonner et de nous instruire. On surnomme chantres de la nature ces fervents alliés du monde animal. Gabriel Leblanc fait le récit des chemins empruntés par Monique et Gisèle pour faire connaître et comprendre les animaux sauvages et les moyens de protéger leur environnement. Le biographe emprunte les mots de Grey Owl pour décrire la clairvoyance et la sagesse des Benoît : « Un homme qui vit dans les bois sent croître en lui, pour peu qu’il y soit sensible, un respect et un amour de plus en plus profonds pour la vie sous toutes ses formes. » On reconnaît là nos ardents ambassadeurs. Gabriel Leblanc nous propose de suivre leurs traces et d’explorer notre territoire afin de découvrir la faune et la flore qui le partagent avec nous.

Grâce à Gisèle Benoît, la deuxième partie montre non seulement les chemins empruntés, mais le cheminement qui s’opère en nous au contact de la nature. Dans ce prodigieux livre d’artistes, Gisèle Benoît se fait éthologue et poète autant qu’artiste peintre. L’auteure nous adresse chaleureusement son invitation : « Chaque fois que tu te surprendras, en cours de lecture, à aimer et comprendre l’écureuil, le cerf et la mésange, la piste que nous avons défrichée s’élargira, et l’œuvre ainsi transmise servira de point de départ aux découvreurs avides d’aller plus loin. »

La famille a vécu parfois dans des camps de fortune. Elle a également élu domicile dans un camp au parc de la Gaspésie. Orignaux, caribous, tétras et ours noirs s’accommoderont de leur présence. Les Rocheuses les mettront en contact avec les wapitis, mouflons et chèvres de montagne. En Alaska et au Yukon, des découvertes surprenantes s’ajouteront. Au nord de l’Ontario Gisèle rencontre une meute de loups qu’elle côtoiera sans crainte. Leurs relations contrediront légendes et préjugés.

Le but premier de nos explorateurs consiste à nous révéler l’univers des animaux sauvages à travers l’art et la science. Gisèle lutte contre les dogmes et les mythes de l’animal menaçant et dangereux. Elle exhorte plutôt à la tolérance, à une manière d’habiter humainement la terre. Le célèbre éthologue et zoologue autrichien, Konrad Lorenz a conclu que « celui qui connaît vraiment les animaux est par-là même capable de comprendre pleinement le caractère vague de l’homme. » Nous avons tout à gagner par la connaissance du monde sauvage. « La différence divise les hommes; dans la nature, elle unit les espèces » écrit Gisèle Benoît.

Les recherches des chantres de la nature ont obtenu une reconnaissance internationale. Leurs peintures sont considérées comme les œuvres artistiques les plus talentueuses et authentiques de la représentation du monde animalier. Les Benoît ont fréquenté le milieu, appris le langage des animaux, leurs comportements et compris leur raison d’être. En leur compagnie, ils ont vécu le frisson sacré. Œuvres d’art, documentaires visuels dont Les Carnets Sauvages nourrissent notre vision de la beauté de la nature et de la complexité de chaque être vivant.

Nous avons grand besoin d’éveilleurs de conscience devant les menaces grandissantes envers l’environnement. La famille Benoît contribue non seulement à nous conscientiser sur la protection de la faune et la flore, mais également à saisir la relation intime entre la survie du monde sauvage et notre propre survie. Gisèle s’adresse à nous ainsi : « L’ancienne science de l’instinct est-elle encore accessible à l’homme? Ami lecteur, tente l’expérience en t’asseyant sur une souche, au cœur de la forêt, avec un manuscrit de bouleau dans ta main. Il se peut que tu acquières, en mieux et sans intermédiaire, la connaissance que tu pensais cultiver sur les bancs d’une université ou d’une église. »

Frisson sacré est rempli de tableaux saisissants et de textes instructifs et poétiques. Les animaux nous observent et nous tolèrent sur leur territoire. Pourquoi ne pas suivre leur exemple? Un album de grande facture, à feuilleter et à lire par tous les curieux avides d’art et de connaissance reliés au monde sauvage.

Un dernier souhait de la part de Gisèle Benoît : « Pénètre en forêt, détracteur de l’animisme; vois combien la rosée, la lumière, les êtres, les pierres, les sentiers, les logis et même les tombeaux sont vivants. Reconnais ton humanité en la Nature. Tout est sacré. Tu es sacré. »

 

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Commentaires (4)

1. Donald Lapointe (site web) 2018-04-11

Votre article rend bien hommage à ce livre, ou plutôt cet oeuvre, qui ma vraiment donné des «frissons» d'un couvercle à l'autre.

2. Dianne Pitre 2017-11-13

Très belle chronique

3. Urgel 2017-11-07

Nouvelle chronique, nouvelles recherches! Ainsi s'enchaînent ouverture sur le monde, découvertes de nouveaux horizons et plaisirs de s'y hasarder. Voilà ton secret, Alvina, tu nous mets sur des pistes qui font grandir et allumer les réverbères de notre imaginaire par maints sentiments et réflexions qu'éveille ton écriture. Tu nous amènes à une plus grande conscience des êtres par la lecture, une action secrète et individuelle qui agit, remue, incite les gens à s'engager dans des voies que tu ouvres. Feuilleter Frissons sacrés nous plonge Térez et moi dans des milieux familiaux et naturels que nous avons fréquentés de temps à autres, mais que nous n'avons pas regardés avec ces yeux que tu ouvres.
Urgel

4. Marie-Claire Martin 2017-11-02

Encore ne fois une superbe belle chronique. Tu épouses comme les Benoît cet amour des animaux et de la flore. On le sent très bien dans cette chronique. Merci.

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